Les cantons de Cordes et Vaour font partie des périphéries rurales tarnaises. Leur appartenance à
l'Albigeois est historique, mais constitue aussi une réalité d'aujourd'hui. Avec le canton voisin
de Castelnau de Montmiral, ils forment un ensemble doté d'une identité micro-régionale marquée,
caractérisée par différents éléments qui le distinguent de territoires voisins,
le Ségala ou les coteaux de Lisle sur Tarn et Salvagnac, aux composantes pourtant proches. Il n'en a pas
toujours été ainsi, et les héritages venus d'un passé parfois éloigné
sont à prendre en considération par qui veut comprendre la dynamique actuelle de ce territoire et
les clivages intemes qui le segmentent.
L'étude publiée en 1992 par l'agence de développement Agate et l'équipe de recherche
universitaire GRESOC (13) nommait
"Causses et coteaux du Nord-Ouest"la petite région constituée des cantons de Castelau
de Montmiral, Cordes et Vaour. Malgré une évolution récente porteuse de changements importants,
notamment en matière d'organisation spatiale, la plupart des caractères communs alors relevés
gardent leur pertinence. Mais de fortes divisions internes existent, qui se sont cristallisées depuis 1995,
à travers la mise en place de structures intercommunales à fiscalité propre.
Au contact des demiers contreforts du Massif central et du bassin aquitain, les Causses et coteaux du Nord-Ouest s'étendent entre la vallée du Tam, qu'ils dominent, et celle de l'Aveyron.
D'une superficie de 305 km2, les deux cantons de Cordes et Vaour forment un quadrilatère irrégulier de trente kilomètres (entre les hauteurs de Saint-Marcel et la forêt de la Garrigue, commune de Penne, sur la rive droite de l'Aveyron) sur vingt (entre Noailles et le Riols). Ce territoire est constitué de milieux naturels complexes qui peuvent être regroupés en six sous-ensembles, souvent rattachés à des formations développées à sa périphérie:
Ces quatre ensembies clairement distincts sont traversés par deux cours d'eau majeurs: l'Aveyron et le Cérou.
Ces milieux naturels, brièvement décrits, n'ont pas d'unité. Mais ils ont en commun leur
forte personnalité. Cette zone de contact entre massif ancien et bassin sédimentaire présente,
sur des distances étonnement courtes, des milieux très variés dotés d'une grande valeur
paysagère. Dans le Midi toulousain, c'est assurément le complexe paysager de qualité le plus
proche de la métropole régionale. Le fil conducteur qui relie ses différentes composantes
est à rechercher dans le patrimoine culturel.
Il s'agit en effet d"un territoire profondément humanisé. Ses paysages ont été
construits par des générations de paysans, de ruraux ... et de citadins (Cordes a compté plus
de 6000 habitants):
parcellaire du vignoble, bocage, terrains de parcours, forêt paysanne.
Les composantes naturelles (roches, couleurs du sol, couverture végétale, reliefs et pentes) et les
composantes culturelles (bastides médiévales, villages préservés, petite architecture
rurale, parcellaire et terroirs) du milieu géographique s'associent en sous-ensembles variés qui
ont en commun de correspondre à l'image positive que se font des campagnes du Sud-Ouest les sociétés
nord-européennes de la fin du XXème siècle.
Mais le patrimoine ne se limite pas à ce qui se voit, au paysage et à ses composantes naturelles
et humaines. D'autres éléments, hérités de l'histoire, ont façonné les
sociétés locales et conditionnent la dynamique actuelle des deux cantons. Faute de compétences
particulières dans le domaine des mentalités et de leur histoire, le diagnostic peut seulement apporter
quelques éléments susceptibles d'éclairer les comportements actuels face aux projets de développement.
Nous en retiendrons six.
L'impression qui prévaut est celle d'un territoire à forte personnalité, traversé
de lignes de faille:
entre le canton de Cordes et celui de Vaour, entre Cordes et les autres communes du canton, au sein de l'agglomération
cordaise. Ces lignes de faille sont certes héritées, traces de périodes révolues, elles
n'en existent pas moins et il convient d'en tenir compte. Les dépasser passe par une action volontaire de
développement territorial.
Avec la montagne tarnaise, cette petite région est une des moins peuplées du département,
en valeur absolue (5127 habitants en 1990) et proportionnellement à sa superficie : 21 habitants au km2
dans le canton de Cordes, 12 dans celui de Vaour, alors que la densité moyenne des communes rurales du département
atteint 27 habitants au km2, un chiffre pourtant faible au regard des densités rurales françaises
(32 habitants au km2 pour la France rurale) et nord-européennes. Dans quatre communes du canton de Vaour
et une du canton de Cordes, la densité est même inférieure à dix habitants au km2 j
et elle ne dépasse 20 hab/km2 que dans quatre communes.
Cette faiblesse générale des densités souligne l'importance qu'occupent ici les paysages naturels,
ou supposés tels, car il s'agit en réalité de paysages construits.
Les communes composant les deux cantons sont toutes rurales. La plus importante par sa population, Cordes, n'atteignait
pas 1000 habitants au recensement de 1990. La ville médiévale et moderne, qui compta jusqu'à
6000 habitants, est devenue un bourg au XXème siècle.
| commune | population | densité | commune | population | densité |
| Cordes | 932 hab | 113 | Boumazel | 134 hab | 18 |
| Penne | 516 | 8 | Tonnac | 129 | 11 |
| St-Martin Laguépie | 412 | 19 | Frausseilles | 100 | 17 |
| Milhars | 316 | 19 | ltzac | 98 | 9 |
| Vaour | 295 | 21 | Lacapelle-Ségalar | 96 | 14 |
| Les Cabannes | 292 | 47 | Marnaves | 74 | 7 |
| St-Marcel-Campes | 244 | 11 | Loubers | 72 | 17 |
| Mouzieys-Panens | 209 | 16 | St-Michel de Vax | 70 | 12 |
| Livers-Cazelles | 204 | 16 | Amarens | 70 | 14 |
| Noailles | 179 | 15 | Roussayrolles | 66 | 12 |
| Vindrac-Alayrac | 161 | 16 | Labarthe Bleys | 65 | 7 |
| Souel | 157 | 16 | Donnazac | 62 | 13 |
| Le Riols | 147 | 29 | Montrosier | 27 | 8 |
source - Insee, Recensement de 1990
Quatorze des vingt-six communes appartenant à l'un ou l'autre des deux cantons avaient moins de 150 habitants
en 1990. Cet émiettementt communal, parmi les plus marqués du département du Tarn avec
une partie du Vaurais, constitue sans aucun doute un des caractères fondamentaux de la zone, un caractère
aux conséquences multiples: faiblesse des capacités financières des communes, dilution du
pouvoir local, nécessité du recours à l'intercommunalité pour assurer la plupart des
services de base. Il constitue aussi l'héritage d'un passé de communautés attachées
à leurs libertés et à leur indépendance.
Les deux cantons, et leur environnement proche (Salvagnac, Castelnau-de-Montmiral, Saint-Antonin- Noble-Val, constituent une avancée du Quercy calcaire et des terrains primaires du Massif central dans le bas pays toulousain et son réseau de villes petites et moyennes situées à quelques dizaines de kilomètres:
La ville la plus proche est accessible en un quart d'heure ou une demi-heure.
La distance à Toulouse varie entre 85 et 115 km.
Vers l'amont, deux villes sont proches: Carmaux, à 20km de St-Marcel, et Villefranche-deRouergue, à
30km de St-Martin-Laguépie.
L'enclavement est donc très relatif, même si la distance aux équipements commerciaux
et de services, place l'ensemble des deux cantons en position peu favorable par rapport à la moyenne tamaise
(39)."La localisation
par rapport aux axes et aux noeuds de circulation fait une première différence entre villes et campagnes,
mais aussi entre campagnes et campagnes"(40)
Le renforcement - tardif - de l'équipement autoroutier de la région Midi-Pyrénées modifie
les distances-temps et positionne différemment les Causses et coteaux au sein de la région,
L'autoroute A88, fonctionnelle entre Toulouse et Marssac, place la zone à une heure trente de la capitale
régionale (Gaillac est la bretelle la plus proche). L'autoroute A20, en chantier entre Brive et Montauban
(bretelle de Caussade), va la rapprocher des clientèles touristiques du nord de la France et de l'Europe.
Encore faut-il pouvoir y accéder dans de bonnes conditions. Deux"barreaux"(41) vont relier les deux autoroutes: la RD 999 Montauban-Gaillac,
et, plus au nord, la RN140 Martel-Rodez par Figeac. Aucune ne traverse les cantons de Cordes et Vaour.
Les deux principales routes départementales de la zone - D 600 Albi-Lexos et D 922 Gaillac-Laguépie
- ont une fréquentation inégale (42) : 4100 véhicules/jour en moyenne en 1996 pour le tronçon Albi-Cordes de la D600
(en augmentation), 1360 véhicules/jour pour Cordes-Lexos, 1640 pour Gaillac-Cordes (en augmentation), moins
de 1000 véhicules/jour entre Cordes et Laguépie (43). Si la D600 a connu d'importants aménagements ces demières années, facilitant
la liaison avec le chef-lieu du département, il n'en va pas de même des autres voies citées,
et notamment de la D922 (44),
Au delà de Cordes, l'ancienne route impériale Toulouse-Clermont s'apparente à un cul-de-sac
. Cette route constitue pourtant aujourd'hui l'axe stratégique de la zone, notamment dans sa partie Cordes-Gaillac,
très utilisée dans les liaisons avec la capitale régionale.
Le chemin de fer a une histoire (45)
dans ces premiers contreforts du Massif central, Mais a-t-il un avenir ? L'ancienne voie du"Grand Central
"entre Montauban et Varen, a disparu depuis les années cinquante. La voie Tessonnières-Capdenac
ne constitue plus une priorité pour la SNCF et il a fallu la forte mobilisation de la population et de ses
élus pour maintenir ouverte la gare de Vindrac-Alayrac en 1992-93. Un des scénarios envisagés
par la SNCF pour l'an 2000 prévoit la suppression de la ligne Tessonnières-Aurillac (46). Quelle sera la place de cette ligne dans le réseau
ferré régional, entre la ligne nationale Toulouse-Cahors-Paris et la ligne régionale Toulouse-Albi-Rodez,
une des rares lignes rentables selon le contrat de plan Etat-Région, tout au moins jusqu'à Albi (47) ?
Les cantons de Cordes et Vaour font partie des espaces intersticiels, à l'écart mais guère
éloignés des grands axes routiers et ferroviaires régionaux. L'amélioration de la liaison
à ces grands axes constitue ici un enjeu fondamental de développement.
A partir de 1"inventaire communal de 1988, l'INSEE a défini des"bassins de vie quotidienne "(48) organisés autour d'un centre (ville ou bourg) disposant d'un nombre suffisant d'équipements commerciaux et de service pour satisfaire aux besoins banals de la population (49). L'examen de la carte des bassins de vie quotidiennes (50) fait ressortir trois faits majeurs dans les deux cantons étudiés:
Cordes jouit d'une position forte - grâce au relief et aux voies de communication qui s'y adaptent - et
d'une image positive. Le succès du marché du samedi matin en témoigne. Les vallées
de l'Aveyron et du Cérou ont un gros effet structurant. L'éloignement relatif des villes moyennes
joue aussi en faveur de Cordes. Le bourg est en effet bien équipé; il possède tous les commerces
et services nécessaires à la vie quotidienne des habitants. Selon un commerçant local, seul
manque le poissonnier.
L'état des commerces, et singulièrement ceux de la place de la Bouteillerie, impressionne par son
niveau de modemité, par rapport aux boutiques d'autres bourgs du département: façades et devantures
refaites récemment, armoires et présentoirs réfrigérés, éclairage, réorganisation
de l'espace de vente, jeunesse des gérants ... A l'évidence, des reprises récentes ont eu
lieu - ce que , confirme l'enquête - , accompagnées de rénovation. Les transformations de la
Poste et des agences bancaires vont dans le même sens.
Les causes de ce bon état général sont à rechercher dans l'existence d'une triple clientèle:
locale, de passage et de séjour. Coiumerces et services du bourg doivent beaucoup à la fréquentation
touristique. Certains vivent quasi exclusivement de ces clientèles saisonnières (restaurants, salons
de thé, brocantes, boutiques d'objets artisanaux, ...). Mais les commerces et services de base parviennent
à tenir et à se moderniser grâce au surplus de clientèle apporté par le tourisme.
Tout cela confère à Cordes un équipement commercial et de services inhabituel dans un bourg
de cette importance.
La clientèle touristique constitue pour beaucoup de commerçants l'élément qui leur
permet de tenir. Contrepartie: une trop grande dépendance par rapport au tourisme peut être dangereuse,
si celui-ci n'est pas maîtrisé; un été pluvieux comme celui de 1996 et les conséquences
des difficultés économiques actuelles en matière de consommation estivale des ménages
vont laisser des traces.
La césure ancienne et toujours vivante entre le haut et le bas de Cordes est très sensible
sur le plan commercial; elle rend difficile toute action commune entre commerçants du haut - dépendant
presque exclusivement du tourisme - et du bas - aux clientèles variées - , qui croient n'avoir pas
les mêmes intérêts.
Rares sont les autres communes à disposer des fonctions commerciales minimales. Penne, Milhars et Vaour
possèdent quelques commerces alimentaires (alimentation, boulangerie, café) mais aucune boucherie
n'existe dans ces communes, ni de commerce non-alimentaire. L'équipement des Cabannes en commerces de base
n'est pas complet non plus (pas de boucherie). Leur fonction centrale reste donc très limitée.
L'amélioration de l'équipement commercial et de l'état des commerces, sensible à Cordes,
se traduit ailleurs par la recherche de solutions pour pallier le handicap de l'isolement : certains jouent
la carte de la qualité - des charcutiers par exemple ; les mêmes et d'autres compensent leur relatif
isolement en organisant des toumées (commerces alimentaires) ou le service à domicile (coiffeur);
certains ont recours à la pluriactivité pour assurer leurs revenus (épicerie/chambres d'hôtes/exploitation
agricole à Penne, nouveau rayon épicerie à la boulangerie de Vaour).
Le dynamisme communal participe aussi au maintien et à l'amélioration de l'équipement
commercial et de services: dans la recherche de repreneurs (Vaour), dans l'organisation de marchés hebdomadaires,
saisonniers ou non (Cordes, Les Cabannes, Vaour) et, avec l'aide du département, voire d'autres partenaires,
dans l'aménagement de places et de rues valorisant l'équipement commercial (Cordes, Les Cabannes),
dans la rénovation ou la construction d'équipements de service (collège de Cordes, gendarmeries
de Cordes et de Vaour)...
Mais les gros villages éprouvent des difficultés à conserver des commerçants
(Penne, Les Cabannes, Vaour, St-Martin-Laguépie et Milhars); le"turn-over"des repreneurs en
témoigne (boulangerie de Vaour, épicerie des Cabannes); à part Cordes/Les Cabannes, aucune
commune n'a un équipement commercial et de service suffisant pour que chacune de ses composantes puisse
s'appuyer sur les autres.
Le développement de l'intercommunalité de service, notamment des regroupements pédagogiques
intercommunaux, et des associations pluricommunales (ADMR pour le maintien à domicile, GREAVI pour le transport
à la demande) constitue, ici comme ailleurs, un palliatif à la faiblesse des moyens communaux, dans
le maintien de services indispensables à la population.
Quand la restructuration menace, les communes et leurs habitants résistent aux projets de fermeture de service:
avec succès jusqu'ici pour la gare de Vindrac et la poste de Vaour. Mais la transformation prochaine des
services publics dans le cadre européen (notamment Poste et SNCF) risque d'aboutir à des fermetures
dans la zone (de gare et d'agences).
S'il pâtit de la faiblesse de ses densités démographiques, le Tarn-Nord-Ouest, ne reste donc
pas passif devant la rétraction des commerces et des services. Au contraire - et c'est sans doute un des
acquis des opérations de développement qui se sont succédées dans la zone (ce point
est abordé en seconde partie) et de l'animation afférente - le territoire fait preuve sur ce plan
d'un dynamisme certain.
Il n'en reste pas moins que la majorité des communes ne dispose plus d'aucun commerce, plus d'école;
cette dispersion en agglomérations de très petite taille (villages et hameaux) accentue l'isolement,
notamment des personnes âgées. Le transport à la demande perd des usagers; certes, les nouvelles
générations de personnes âgées sont plus autonomes, notamment en matière de transport,
mais l'isolement de certains n'en est pas moins réel.
En 1990, le bassin de vie quotidienne commandé par Cordes rassemblait, selon l'Insee, l'essentiel des communes
des deux cantons ainsi que Milhavet. Seuls Penne et Saint-Michel-de-Vax, Montrosier, Le Riols et Saint-Martin-Laguépie
échappaient à l'influence cordaise, remplacée pour les deux premières par celle de
Caussade, pour les deux demières par celles de Laguépie et Saint-Antonin-Noble-Val.
Neuf ans après, qu"en est-il ? Sans être totalement remise en question, l'attractivité
cordaise subit de plus en plus la concurrence directe du pôle albigeois, centre d'un bassin de vies (51) qui tend à s'étendre
sur un gros tiers du département. Des deux cantons, seule la commune de Penne échappe à son
attraction, au profit de Montauban ou Caussade - sauf en matière administrative ou Albi est le plus souvent
incontournable. Gaillac et Villefranche-de-Rouergue, autres centres extérieurs de première importance
il y a quelques années pour certaines communes (St-Martin, Itzac, Donnazac, voire Vaour, ...) voient leur
influence régresser au profit du chef-lieu du Tarn, sauf en ce qui concerne les commerces et services liés
à la viticulture et aux élevages bovin et ovin-viande. Hypermarchés, hôpital et cliniques,
lycées et premier cycle universitaire, administrations, sont concentrés dans la ville moyenne, plus
proche en distance-temps depuis l'aménagement de la D600.
L'échec de l'implantation d'une grande surface, en 1989, aux Mazières, commune de Livers-Cazelles
mais à proximité immédiate de Cordes, s'il a peut-être facilité le maintien de
petits commerces cordais (52),
a dans le même temps renforcé le pouvoir attractif d'Albi, le recours à la grande distribution
s'étant généralisé au cours des vingt demières années.
Le rôle de Toulouse, comme centre commercial et de services grandit aussi, notamment depuis la mise en service
de l'autoroute A68. Ce transfert des fonctions de centralité aux pôles de haut niveau est général
en France. Il s'opère au détriment des petites villes et des bourgs et, si l'on en croit l'étude
récente réalisée par l'Insee sur l'avenir des petites villes et des villes moyennes de Midi-Pyrénées
(53), il atteint aujourd'hui
les villes moyennes, concurrencées par les grandes villes.
Dans ce contexte, le bon équipement de Cordes, s'il constitue un atout important pour la cité et
sa petite région, n'est pas dissociable de l'activité touristique, sans laquelle le (petit) pôle
cordais perdrait rapidement l'essentiel de ses établissements commerciaux et de service.
Les Causses et coteaux du Nord-Ouest ont perdu beaucoup d'habitants depuis le milieu du XIXème siècle.
En prenant comme référence le recensement de 1876, soit une vingtaine d'années après
le maximum de population de 1851, la population des deux cantons a pratiquement diminué des deux-tiers en
114 ans : 14139 habitants en 1876, 5127 en 1990 (-63,7%).
Le recul démographique s'est poursuivi jusqu'au dernier recensement disponible, celui de 1990. Entre 1982
et 1990, le taux annuel de variation s'établit à -0,41% dans le canton de Cordes et -0,79% dans celui
de Vaour. La zone fait partie de ces"campagnes en voie de dépeuplement"qui représentent
le quart des surfaces rurales du pays (54).
Il importe ici de situer Cordes et Vaour dans leur environnement micro-régional- Les cantons ruraux voisins,
du Tarn comme du Tarn-et-Garonne, continuent eux aussi à perdre des habitants. Mais c'est dans celui de
Vaour que l'évolution est la plus défavorable. Elle tend même à se dégrader entre
1968 et 1990, alors que le recul s'atténue ailleurs, davantage dans les cantons de Salvagnac et Castelnau-de-Montmiral
que dans ceux de Cordes et Monestiès.
| Canton | 1968-1975 | 1975-1982 | 1982-1990 |
| Cordes | -1,37% | -0,48% | -0,41% |
| Vaour | -0,69% | -0,76% | -0,79% |
| Monestiés | -1,55% | -0,47% | -0,41% |
| Castelnau de M. | -0,98% | -1,16% | -0,31% |
| Salvagnac | -2,13% | -0,45% | -0,34% |
| St-Antonin | -1,38% | -0,07% | -0,63% |
| Tarn rural | -0,76% | +0,34% | +0,30% |
| M-P. rural | -0,52% | +0,43% | +0,38% |
Source :Insee
Entre 1975 et 1990, le canton de Vaour a perdu 11% de sa population, celui de Cordes 6,5%. Mis à part Castelnau-de-Montmiral
(-10%), les autres cantons ruraux voisins ont régressé moins fortement. L'évolution récente
est donc particulièrement défavorable.
Une telle évolution repose en grande partie sur le mouvement naturel (naissances - décès),
mais c'est le solde migratoire (arrivées - départs) qui différencie le mieux les cantons.
| Canton | Mouvement naturel | Solde migratoire |
| Cordes | -0,87% | +0,46% |
| Vaour | -0,46% | -0,32% |
| Monestiés | -0,78% | +0,37% |
| Castelnau de M. | -0,38% | +0,07% |
| Salvagnac | -0,30% | -0,04% |
| St-Antonin | -0,85% | +0,22% |
| Tarn rural | -0,19% | +0,50% |
| M-P. rural | -0,36% | +0,74% |
Source: Insee, recensement de1990
Dans les deux cantons de la zone comme dans les quatre cantons voisins, mais aussi dans l'ensemble des communes
rurales du Tam et de la région Midi-Pyrénées, les décès l'emportent sur les
naissances. Mais dans la petite région, partout sauf à Vaour, le solde migratoire se redresse, s'équilibre
ou devient positif à partir de 1975-82.
Trois types de cantons se dégagent de cette analyse rapide de l'évolution démographique récente:
L'ancienneté du déclin démographique se traduit notamment par le vieillissement de la population.
Ici, les personnes âgées de 60 ans et plus représentent près de 35% de la population
(soit un habitant sur trois, et jusqu'à un habitant sur deux à Loubers). Elles sont pratiquement
deux fois plus nombreuses que les moins de 20 ans.
| Canton | 60 ans et plus | moins de 20 ans |
| Cordes | 34,7% | 18,0% |
| Vaour | 34,9% | 19,3% |
| Monestiés | 33,5% | 19,7% |
| Castelnau de M. | 31,2% | 19,4% |
| Salvagnac | 29,1% | 22,4% |
| St-Antonin | 36,4% | 18,7% |
| Tarn rural | 26,8% | 23,6% |
Source: Insee, recensement de1990
A l'échelle communale, l'évolution démographique est plus différenciée, mais
le sens général reste le même, sur longue période.
| Commune | Evolution 1876-1990 |
Commune | Evolution 1876-1990 |
| Amarens | -40,1% | Montrosier | -79,8% |
| Bournazel | -66,3% | Mouzieys-Panens | -68,8% |
| Les Cabannes | -53,5% | Noailles | -62,5% |
| Cordes | -60,8% | Penne | -71,7% |
| Donnazac | -59,7% | Le Riols | -61,6% |
| Frausseilles | -56,5% | Roussayrolles | -67,0% |
| Itzac | -75,0% | St-Marcel-Campes | -61,6% |
| Labarthe-Bleys | -79,7% | St-Martin Laguépie | -64,3% |
| Lacapelle-Ségalar | -70,1% | St-Michel de Vax | -76,8% |
| Livers-Cazelles | -57,1% | Souel | -50,0% |
| Loubers | -67,4% | Tonnac | -62,9% |
| Marnaves | -77,6% | Vaour | -49,8% |
| Milhars | -57,7% | Vindrac-Alayrac | -57,7% |
Source - Insee
Cette hémorragie de population correspond d'abord à 1'exode rural puis à ses conséquences
sur le mouvement naturel (effet du vieillissement). Elle est inégale, certes, les communes perdant entre
la moitié et les deux-tiers de leurs effectifs, mais ce recul est partout considérable, comparable
à celui de régions montagnardes plus isolées que ne 1'est ce secteur du Tarn.
Entre 1975 et 1990, la plupart des communes ont encore perdu des habitants (jusqu'à 44% à Montrosier
!), mais pas toutes.
| Commune | Evolution 1975-1990 |
Commune | Evolution 1975-1990 |
| Amarens | -20,4% | Montrosier | -43,7% |
| Bournazel | +7,2% | Mouzieys-Panens | -8,3% |
| Les Cabannes | +6,1% | Noailles | -6,7% |
| Cordes | -3,6% | Penne | +0,1% |
| Donnazac | -12,6% | Le Riols | -8,6% |
| Frausseilles | -17,3% | Roussayrolles | -16,4% |
| Itzac | -22,8% | St-Marcel-Campes | +4,2% |
| Labarthe-Bleys | -16,6% | St-Martin Laguépie | -22,2% |
| Lacapelle-Ségalar | -24,4% | St-Michel de Vax | -12,5% |
| Livers-Cazelles | +12,0% | Souel | +3,9% |
| Loubers | -10,0% | Tonnac | +5,7% |
| Marnaves | -22,9% | Vaour | -16,1% |
| Milhars | -9,9% | Vindrac-Alayrac | -15,2% |
Source - Insee
Des indices de reprise démographique apparaissent, révélateurs des changements sociaux et
de l'évolution des fonctions que connaissent les deux cantons.
Les tendances démographiques évoluent. Après plus d'un siècle d'exode rural, de dépeuplement et de vieillissement de la population, de diminution des densités, des signes de redressement apparaissent, insuffisants jusque-là pour renverser la tendance longue, mais tout de même significatifs.
Face à ces indices de redressement, quatre types de communes peuvent être distinguées:
*communes dont le nombre de jeunes de moins de 5 ans a augmenté entre 1982 et 1990
De quoi vivent les habitants des deux cantons ? Pour répondre à cette question, trois points vont être abordés: une approche des revenus, une analyse de l'emploi local et de son évolution, le développement du travail à l'extérieur.
En matière de revenus, les sources sont peu nombreuses et les données qu'elles foumissent n'ont
qu'une fiabilité relative. En effet,"la connaissance fine des revenus des Français, de la richesse
et de la pauvreté des ménages, est toujours délicate à apprécier"(56). Le principal fournisseur d'information
est la Direction Générale des Impôts, qui donne notamment le"revenu fiscal moyen des
foyers imposés".
En 1990, ce revenu moyen était particulièrement élevé dans le canton de Vaour (supérieur
à 120 000F), nettement plus faible dans celui de Cordes (110 000F) (57). Au contraire, estimé à partir de la répartition
socio-professionnelle des habitants, le revenu global (imposé et non imposé) des ménages est
inférieur à la moyenne régionale dans le canton de Cordes et surtout dans celui de Vaour.
Cette apparente contradiction tient évidemment à l'importance des revenus non imposés, mais
aussi aux"différences de traitement d'un type de revenu à lautre (forfait, fraude)"(58), particulièrement sensibles
dans une petite région rurale où les professions indépendantes (agriculteurs, commerçants,
artisans) représentent une forte proportion de la population.
Compte-tenu de l'importance relative des retraités, une proportion élevée des revenus provient
des transferts sociaux (retraites, prestations, allocations), moindre toutefois que dans les cantons voisins
du Tarn-et-Garonne (St-Antonin) et de l'Aveyron (Najac) où elle représente plus du tiers du revenu
des ménages. A Cordes et Vaour, la fraction la plus significative des revenus, par rapport à la moyenne
régionale, provient de i'entreprise et de la propriété: elle représente plus du tiers
des revenus après impôts (59).
Importance des transferts sociaux et surtout de la part des revenus provenant de l'entreprise et de la propriété,
niveau plutôt élevé du revenu fiscal moyen des foyers imposés... ces indices révèlent
l'importance locale de trois populations : les retraités, les actifs indépendants - en particulier
les agriculteurs - , les couches moyennés salariées.
Les revenus des exploitations agricoles peuvent être analysés à partir des données
du Centre de Gestion du Tarn. L'échantillon disponible est constitué de onze exploitations du canton
de Vaour (soit 15% du total) et cinquante-quatre exploitations du canton de Cordes (plus du tiers).
A Vaour, la surface des exploitations est plutôt petite par rapport à la moyenne des exploitations
suivies en gestion au niveau départemental: 36ha contre 50ha dans le département. La répartition
entre la vallée et le plateau est à peu près égale. Les exploitations de vallée
sont très intensives, celles du plateau plutôt extensives. En moyenne, les exploitations de la vallée
pèsent beaucoup dans les comportements moyens et les performances.
Les exploitations à Vaour sont diversifiées; on trouve du maraîchage (une exploitation), de
l'horticulture (1), de la viticulture (8), des fruits (1), des cultures spéciales (6) ou des exploitations
d'élevage : ovins viande (1), bovins lait (5) et bovins viande (3), celles-ci étant de taille plus
grande (52ha en bovins viande, 39ha en lait).
Les chiffres d'affaires ramenés à l'exploitation ou à l'hectare sont importants, mais les
charges aussi. Les résultats sont bons à l'unité de surface: le foncier est bien valorisé
(2500F/ha contre 2000F dans le département). Le revenu des exploitations est en moyenne de 83 000F à
Vaour (114 000F dans le département).
45% du revenu est constitué de primes, de subventions et d'aides (35% pour le département). La situation
financière est convenable. Les équilibres financiers sont bons. Très peu de découverts
bancaires; 31% d'endettement à long, moyen et court terme, ce qui est faible. Les fonds de roulement représentent
plus de 200 jours d'avance, mais la rentabilité reste faible, à cause de l'importance des capitaux
engagés au regard des revenus.
A Cordes, sur 54 exploitations, 52 ont des céréales et 47 des plantes fourragère. 29 exploitations
sont viticoles, avec 7ha en moyenne de vigne. C'est ce dernier système qui améliore les revenus du
canton. Le revenu moyen est de 136 000F. Le revenu par hectare atteint 2300F avec 7000F de marge brute et 4650F
de charges de structure. Les subventions, ici comme à Vaour, représentent 45% du revenu.
Si les résultats des exploitations inscrites au centre de gestion pour ces deux cantons sont bons, il ne
faut pas pour autant considérer qu'ils sont généralisables. Avec des tailles de cheptel souvent
faibles (20 à 25 vaches laitières, 25 à 50 vaches allaitantes, 180 ovins-viande), les revenus
moyens sont souvent faibles.
L'enseignement à retirer de l'examen des comptes des exploitations de ces deux cantons est la grande diversité
des résultats, liée à la diversité des situations (naturelles, patrimoniales, face
aux marchés,
...).
L'emploi est-il lié à l'activité agricole ? Il est communément admis que dans ces
régions, le niveau d'activité dépend de ("activité agricole."Si l'emploi
diminue dans l'agriculture, il diminuera aussi dans les secteurs non agricoles"(60). Quand l'exode rural frappait les campagnes françaises,
ce jugement allait de soi. En effet, les activités étaient liées, directement ou indirectement,
à l'agriculture : amont et aval des filières agroalimentaires, commerce, emplois des services marchands
et non marchands dépendant du niveau de population. En va-t-il toujours de même aujourd'hui ? A l'évidence;
non (61).
Alors que l'emploi agricole diminue fortement entre 1962 et 1990, les effectifs passant globalement de 1745 à
507, soit une baisse de 70%, les emplois non agricoles ont progressé de 78% pendant la même période,
ce qui ne suffit cependant pas pour empêcher le recul total du nombre d'actifs, en régression de 23%,
alors que dans le même temps, la population totale (actifs et inactifs) diminue de 14% seulement.
Le nombre d'agriculteurs baisse. Au contraire, l'essor des nouvelles catégories socio-professionnelles
(le nombre d'employés, cadres et professions intermédiaires fait plus que tripler) est remarquable,
alors que les ouvriers travaillant hors de l'agriculture augmentent légèrement leurs effectifs (+12%),
moins que les artisans, commerçants et petits patrons (+26%).
Pourquoi ? Quel est le moteur ? L'activité agricole n'est plus en cause. Il n'y a pas, par ailleurs,
de grosse industrie motrice, ou de système productif local cohérent ou suffisant pour expliquer une
telle évolution. D'une part, l'emploi non agricole progresse dans la zone, d'autre part, la zone se résidentialise;
c'est-à-dire que certains ménages font le choix de rester ici, ou viennent s'y installer, alors qu'un
ou plusieurs membres de la famille travaillent ailleurs.
|
|
Cordes 1962 |
Cordes 1990 |
Vaour 1962 |
Vaour 1990 |
||||
|
profession |
nombre |
% |
nombre |
% |
nombre |
% |
nombre |
% |
| agriculteurs exploit. | 1101 | 60,6% | 308 | 22,8% | 454 | 60,3% | 180 | 28,8% |
| ouvriers agricoles | 134 | 7,4% | 13 | 0,9% | 56 | 7,4% | 6 | 0,9% |
| actifs agricoles | 1235 | 67,9% | 321 | 23,7% | 510 | 67,7% | 186 | 29,8% |
| PIC, indépendants | 185 | 10,2% | 232 | 17,2% | 59 | 7,8% | 76 | 12,2% |
| cadres | 16 | 0,9% | 80 | 5,9% | 2 | 0,3% | 36 | 5,8% |
| prof.intermédiaires | 63 | 3,5% | 184 | 13,6% | 26 | 3,5% | 76 | 12,2% |
| employés | 89 | 4,9% | 292 | 21,6% | 30 | 3,9% | 112 | 17,9% |
| ouvriers | 215 | 11,8% | 243 | 17,9% | 125 | 16,6% | 138 | 22,1% |
| autres | 14 | 0,7% | 1 | 0,1% | ||||
| actifs non agricoles | 582 | 32,0% | 1031 | 76,3% | 243 | 32,3% | 438 | 70,2% |
| ensemble des actifs | 1817 | 100,0% | 1352 | 100,0% | 753 | 100,0% | 624 | 100,0% |
Source :INSEE
L'emploi local se répartit dans un nombre relativement important d'entreprises de petite taille, la plupart
n'occupant que l'entrepreneur (62)
et des aides familiaux.
|
Etablissements |
Nombre d'emplois |
| Sociétés du"groupe"Thuriès, à Cordes | 60 à 90 |
| Collège d'enseignement public de Cordes | 46 |
| Maison de retraite de Cordes | 35 |
| Subdivision DDE à Cordes (63) | 33 |
| Mairie de Cordes | 22 |
| Service de la Poste à Cordes | 18 |
| Caussé, à Noailles, matériel agricole (64) | 16 |
| "Construire Demain", à Cordes, formation informatique | 15 |
| Société Loupiac, à Souel, travaux publics, entretien de jardins | 12 |
| Société Bosc, à Milhars, matériaux de construction, carrière | 13 |
Source : CCI d'Albi et enquêtes
Aucune entreprise de plus de 50 salariés n'existe dans les deux cantons. Seules les sociétés
créées par Yves Thuriès à Cordes (65) dépassent - ensemble - ce nombre. Bâtiment et travaux publics, matériel agricole,
hôtellerie-restauration, services privés, services publics: ces petites unités économiques
se dispersent dans un large éventail de branches d'activités. Sur ce plan, elles sont à l'image
des structures économiques existantes, même si certaines branches sont mieux représentées
que d'autres.
A partir des données disponibles à la CCI d'Albi, à la Chambre des Métiers et à
la DDAF du Tarn, complétées par les informations recueillies auprès des maires et d'entrepreneurs
locaux en 1996 et 1997, un tableau des unités économiques et de l'emploi local peut être établi.
Moins précise que le recensement, et surtout élaborée à partir de sources multiples
et non pas, comme le recensement général de la population, à l'aide d'une enquête directe
systématique, l'estimation réalisée permet d'analyser la répartition des unités
économiques et des emplois par branche d'activité.
Au recensement de 1990, l'Insee estimait à 1505 le nombre des emplois locaux (actifs travaillant dans leur commune de résidence + actifs travaillant dans une autre commune des deux cantons + actifs résidant hors de la zone, mais y travaillant). Ce nombre est issu du"sondage au quart"(traitement d'une fiche du recensement) et non du traitement exhaustif (prise en compte de toutes les fiches). Le repérage effectué en 1997, à partir des sources indiquées, aboutit à 1575 emplois, un nombre comparable à celui donné par le recensement de 1990, correspondant assez bien à la"stabilisation" démographique évoquée par les maires rencontrés.
L'agriculture (66)
occupe un tiers des actifs (36%) travaillant dans la zone, le tourisme 15 ou 11% selon que l'oit inclue
ou non les artistes et artisans d"art. Aucune autre branche n'atteint 10% de l'emploi local, mais le secteur
public (enseignement, collège de Cordes, gestion territoriale et autres services publics), avec des effectifs
supérieurs à 200 personnes, représente 16% de l'emploi local.
|
|
1962 |
1990 |
||||||
|
|
Nombre |
% |
Nombre |
% |
||||
|
|
Cordes |
Vaour |
Cordes |
Vaour |
Cordes |
Vaour |
Cordes |
Vaour |
| Agriculteurs exploitants | 1101 | 454 | 60,1% | 59,1% | 308 | 180 | 22,7% | 28,8% |
| Artisans, commerçants, chefs d'entreprise | 185 | 59 | 10,1% | 7,7% | 232 | 76 | 17,1% | 12,2% |
| Cadres, prof. intellectuelles supérieures | 16 | 2 | 1,1% | 0,3% | 80 | 36 | 5,9% | 5,8% |
| Professions intermédiaires | 63 | 26 | 3,8% | 3,4% | 184 | 76 | 13,6% | 7,4% |
| Employés | 89 | 30 | 4,9% | 3,9% | 292 | 112 | 21,6% | 17,9% |
| Ouvriers (dont ouvriers agricoles) |
349 (134) |
181 (56) |
19,1% (7,3%) |
23,6% (7,3%) |
256 (13) |
144 (6) |
18,9% (0,1%) |
23,0% (0,1%) |
| Autres | 14 | 1 | 16% | 2,1% | ||||
| ACTIFS | 1817 | 768 | 100% | 100% | 1359 | 624 | 100% | 100% |
| Population totale | 4152 | 1846 | 3509 | 1612 | ||||
Source :INSEE
En 1962, l'essentiel de l'activité sur les deux cantons dépend du dynamisme agricole. Ce n'est manifestement
plus le cas. Seulement 25% des actifs sont agriculteurs exploitants.
L'évolution des deux cantons est similaire. Les matrices des catégories socioprofessionnelles ne sont pas beaucoup déformées. Il reste un peu plus d'agriculteurs exploitants à Vaour, un peu moins de cadres moyens ou d'employés et un peu plus d'ouvriers. La décroissance de l'emploi est parallèle, avec un léger retard de Vaour sur Cordes.
En dehors de l'agriculture, d'autres activités traditionnelles continuent à exister, mais le nombre
d'entreprises et leurs effectifs ont beaucoup diminué. Ainsi, l'exploitation de carrières
ne concerne plus que trois entreprises locales (67), dont deux de travaux publics, alors qu'il s'agissait autrefois d'une spécialité
de Vaour. De même, le travail du bois, particulièrement actif à Penne au siècle
demier (68), ne compte - hors
menuiserie - qu'une douzaine d'entreprises artisanales et de travailleurs indépendants. L'artisanat textile,
autrefois développé à Cordes, ne survit que grâce à quelques artisans d'art.
| nombre de structures | nombre d' | ||
| Branches d'activités | Cordes | Vaour | emplois |
| Exploitations agricoles (69) | 225 | 100 | 545 |
| Entreprises artisanales du bâtiment | 38 | 15 | 100 |
| Artisanat et négoce agricole (70) | 21 | 9 | 55 |
| Travail du bois | 4 | 8 | 30 |
| Entretien de jardins, paysage | 3 | 5 | 25 |
| Ateliers d'art | 33 | 3 | 40 |
| Mécanique auto, carburant | 8 | 3 | 15 |
| Artisanat et commerce alimentaire | 15 | 8 | 50 |
| Autres entreprises artisanales | 24 | 1 | 65 |
| Boutiques liées au tourisme | 33 | 0 | 60 |
| Hôtels, cafés et restaurants | 16 | 4 | 80 |
| Autres entreprises touristiques (71) | 18 | 5 | 65 |
| Autres commerces | 20 | 1 | 45 |
| Transport (72) | 4 | 0 | 10 |
| Services privés | 24 | 3 | 80 |
| Santé, social (73) | 18 | 1 | 65 |
| Enseignement | 4 | 3 | 65 |
| Gestion territoriale (74) | 23 | 10 | 95 |
| Autres services publics | 7 | 5 | 85 |
| Ensemble | 538 | 184 | 1575 |
Sources : CCI d'Albi, Chambre des Métiers, DDAF et enquête directe
Le secteur du bâtiment représente une centaine d'emplois, répartis dans des entreprises
de petite taille. Plus de la moitié des 56 structures repérées n'emploient aucun salarié
déclaré, pour une dizaine d'entreprises du bâtiment et des travaux publics comptant deux à
treize salariés. Tous les corps de métier sont présents, et la dispersion géographique
est la règle.
Le tourisme occupe une place relativement importante dans l'emploi local, au même niveau que le bâtiment. Il regroupe des professions bien différentes: commerçants du haut de Cordes, hôteliers, restaurateurs, gérants de camping ou de parc de loisirs, employés de centres de vacances, auxquels il faut ajouter quelques prestataires du tourisme rural à la tête de petits complexes associant hébergement, restauration et parfois animation.
L'activité touristique dégage aussi des revenus complémentaires pour des ménages ayant une autre activité, agricole ou tertiaire, ou plus d'activité (retraités); notamment par la location d'appartements ou de chambres.
Mais d'autres agents économiques tirent aussi une partie de leurs revenus du tourisme. Outre les coiumerçants spécialisés dans une clientèle touristique, la plupart de leurs collègues (du boulanger au marchand de vêtements) et certains artisans (garagistes, coiffeurs) réalisent une part appréciable de leur chiffre d'affaires pendant la saison ou toute l'année (construction).
Cette diffusion dans la population des deux cantons, sous la forme d'emplois et de revenus, confère
au tourisme une place particulière dans l'économie de la zone: à la fois branche clairement
identifiée et activité transversale, donc fortement liée à d'autres branches, telles
l'agriculture, le commerce ou l'artisanat.
Les services privés regroupent deux types d'activités bien distinctes: les plus nombreux sont
utilisés par la population locale ou saisonnière (banques, assurances, notaire, agents immobiliers,
professions libérales de la santé, ...) ; deux sociétés de taille très différente
(15 emplois chez l'une, 1 chez l'autre) assurent une activité de conseil-formation auprès d'entreprises
généralement extérieures à la zone. Ces deux demières sociétés
représentent une facette originale de la fonction d'accueil qui pourrait se développer dans les causses
et coteaux du Nord-Ouest.
Unités économiques et emplois se répartissent de façon très inégalitaire dans la zone.
40% des unités économiques identifiées hors de l'agriculture sont localisées dans
la commune de Cordes, et rassemblent 52% des emplois non agricoles. Mais le pôle cordais déborde le
territoire communal. L'ensemble constitué par les communes de Cordes, des Cabannes et par la zone de la
Mazières (commune de Livers-Cazelles) regroupe 50% des unités économiques et 62% des emplois
non agricoles de l'ensemble des deux cantons.
| Commune | unité économiques | emplois |
| Cordes | 160 | 535 |
| Les Cabannes | 35 | 80 |
| Livers-Cazelles | 17 | 35 |
| Saint-Martin-Laguépie | 19 | 40 |
| Vaour | 22 | 50 |
| Penne | 20 | 40 |
| Milhars | 14 | 30 |
Source : CCI d'Albi, Chambre des Métiers, enquête
| Commune | unité économiques | emplois |
| "pôle cordais" | 200 | 640 |
| reste du canton de Cordes | 113 | 230 |
| canton de Vaour | 84 | 160 |
Source : CCI d'Albi, Chambre des Mètiers, enquête
Le canton de Vaour représente 22% des unités économiques de la zone et 16% seulement des emplois
non agricoles (75), soit nettement
moins que la partie rurale (hors pôle cordais) du canton de Cordes.
Le nombre d'unités économiques évolue chaque année, au gré des créations et des disparitions. Les indicateurs de ce mouvement sont à utiliser avec prudence. Ainsi, la CCI d'Albi tient à jour un fichier des immatriculations et des radiations d'établissements. En 1996, 32 immatriculations ont été enregistrées dans la zone, dont 19 à Cordes. Elles représentent une cinquantaine d'emplois, la moitié étant localisée à Cordes. Mais ces immatriculations peuvent correspondre à de véritables créations, à des changements de statut juridique, ou à des inscriptions d'établissements déjà existants (76). Il est donc difficile, à partir de telles données, d'appréhender le dynamisme des créations d'unités économiques.
Confronter immatriculations et radiations est plus intéressant, dans la mesure où les changements
de statut juridique s'annulent, l'ancienne structure étant radiée quand la nouvelle demande l'immatriculation-
Sur dix ans, l'évolution est assez significative.
|
|
Canton de Cordes |
Canton de Vaour |
||||
|
Période |
immatriculation |
radiation |
solde |
immatriculation |
radiation |
solde |
| 1986-1990 | 80 | 60 | +20 | 19 | 20 | -1 |
| 1991-1995 | 108 | 93 | +15 | 19 | 15 | +4 |
| ensemble | 188 | 153 | +35 | 38 | 35 | +3 |
Source : CCI d'Albi
L'essentiel du mouvement conceme le canton de Cordes, et singulièrement le chef-lieu. Dans les deux cantons,
entre 1986 et 1995, le solde est positif, c'est-à-dire qu'il y a eu plus d'immatriculations que de radiations.
La situation s'améliore à Vaour après 1990, mais les nombres restent très faibles,
au regard de ceux du canton voisin, même en tenant compte du poids démographique des deux cantons.
Les nombres de Cordes sont toutefois gonflés par les immatriculations saisonnières, liées
à l'activité touristique et artistique de la bastide pendant l'été. Il n'en reste pas
moins que le solde global est positif. Ceci confirme les tendances plus anciennes (1962-1990) relevées précédemment
quant au nombre de commerçants et artisans. Une telle évolution n'est pas si fréquente en
milieu rural !
Les deux cantons sont plutôt bien pourvus en artisans. Au répertoire de la Chambre des Métiers, il y a,,ait en 1995, 142 entreprises (32 à Vaour II 0 à Cordes). Ce sont pour la plupart des entreprises individuelles et pour le quart restant, des sociétés. Leur nombre a augmenté de 14 unités soit 11% en 10 ans, alors que la population a diminué (de 3,2%[ à Cordes et 6,1% à Vaour entre 1982 et 1990).
On compte une entreprise artisanale pour 50 habitants à Vaour et une pour 32 à Cordes (1 pour 48 habitants dans le Tarn). La proportion élevée d'artisans dans le canton de Cordes tient principalement à la présence d'artisans d'art, bien qu'une minorité seulement d'entre-eux (quinze sur une quarantaine) soit inscrits à la Chambres des Métiers. Au total 53 artisans inscrits à la Chambre des Métiers, c'est à dire pratiquement la moitié des artisans des deux cantons vivent sur la commune de Cordes. Celle-ci polarise fortement l'activité artisanale de la région.
L'évolution est beaucoup plus rapide à Vaour qu'à Cordes, en dix ans, 23% d'augmentation à Vaour, 6.8% à Cordes (14,5% dans le département). Les courbes d'évaluation se ressemblent, avec des creux marqués en 1989, 1991, 1993.
Si l'on répartit les artisans en huit catégories: alimentation, travail des métaux, textile-cuir-habillement,
bois et ameublement, autres fabrications, bâtiment, réparations-transports-services et autres activités
et si l'on compare la répartition à l'intérieur de ces catégories des artisans des
deux cantons avec la répartition tarnaise, apparaît alors nettement une moins bonne dotation de la
sous-branche réparations-transports-services, surtout à Vaour.
|
Secteur d'activités |
Cordes |
Vaour |
Département |
| Alimentation | 15% | 18% | 13% |
| Travail des métaux | 6% | 3% | 5% |
| Textile - cuir - habillement | 2% | 5% | |
| Travail du bois | 7% | 9% | 10% |
| Autres fabrications | 13% | 9% | 10% |
| Bâtiment | 35% | 53% | 32% |
| Transport - services | 16% | 6% | 27% |
| Autres | 1% | ||
| Total (valeur absolue) | 109 | 32 | 7090 |
Source: Chambre des métiers du Tarn
A l'inverse, le bâtiment est bien représenté ainsi que l'artisanat alimentaire.
|
Secteur d'activités |
Cordes |
Vaour |
Département |
| Alimentation | 206 | 268 | 349 |
| Travail des métaux | 502 | 1609 | 861 |
| Textile - cuir - habillement | 1172 | 918 | |
| Travail du bois | 439 | 536 | 1064 |
| Autres fabrications | 234 | 536 | 454 |
| Bâtiment | 90 | 94 | 148 |
| Transport - réparations - services | 175 | 804 | 178 |
Sources: Chambre des métiers, RGP 1990
Les artisans de plus de 55 ans sont certes nombreux dans les deux cantons, mais le nombre de jeunes artisans est
plus élevé. La répartition selon l'âge est ici plus étalée. Seulement
17,5% des artisans ont moins de 35 ans dans le département, alors qu'ils constituent 31,2% des effectifs
à Vaour et 19,2% à Cordes. A l'inverse, seulement 14,7% des artisans du Tarn ont plus de 55 ans,
21% à Cordes, 18,7% à Vaour. Il y a en fait deux générations bien différentes
d'artisans. La plus récente s'est installée dans les années quatre-vingts, provoquant un rajeunissement
marqué de cette population active. Ainsi, 15,3% des artisans avaient moins de 25 ans en 1985 à Vaour
(1,4% dans le département). C'est dans le bâtiment que les artisans sont les plus jeunes.
La création d'entreprises progresse à un rythme moyen de l'ordre de 1% par an, mais ce chiffre cache
un roulement important. Beaucoup d'entreprises se créent, beaucoup disparaissent. Celles qui disparaissent
sont radiées pour cause d'arrivée à l'âge de la retraite ou pour cessation. En 1995,
21 entreprises artisanales ont été radiées mais 13 (soit 62%) avaient moins de six ans d'activité.
Ainsi, le taux d'échec semble très fort. Beaucoup échouent ou abandonnent dans les cinq ans
qui suivent leur installation: environ les trois quarts. Mais ceux qui restent sont à l'origine de la progression
de l'artisanat. Beaucoup de porteurs de projets se sont manifestés, pour la plupart des jeunes attachés
au pays par des liens familiaux ou des choix de cadre de vie.
Trois traits majeurs marquent l'activité du bâtiment sur les deux cantons: le développement du travail au noir, le travail en réseaux et en sous-traitance et enfin un certain émiettement. Ces trois tendances expriment une même réalité, la flexibilité.
L'émiettement est caractérisé par une tendance au renforcement de la concurrence qui se traduit entre autres par une diminution de la taille des établissements, exprimée en nombre de salariés. Il y avait sur la zone ou sur sa périphérie immédiate quelques grandes entreprises atteignant jusqu'à 50 salariés. Elles n'existent plus. le modèle qui s'impose est la petite entreprise avec 1, 2 ou 3 salariés. Les entreprises de la zone s'extériorisent jusqu'à Albi, Najac, Montauban. Mais à l'inverse, des entreprises périphériques (Gaillac, St Antonin...) viennent sur la zone. La concurrence se renforce.
Le travail au noir est important. Néanmoins, quelques petites entreprises se sont créées. Ce développement du travail au noir renforce la fonction sociale et d'accueil de la zone. C'est le mode d'insertion privilégié de nombreux arrivants-migrants.
Le travail en réseaux ou en sous-traitance se renforce. En réseaux avec des plombiers, des électriciens, des menuisiers..., en sous-traitance lorsque des chantiers importants sont proposés ou lorsque la demande se fait plus dense. On note donc une tendance à l'organisation.
Il y a lieu également de noter un certain cloisonnement des marchés (ce qui n'est pas contradictoire avec le renforcement de la concurrence), c'est à dire une tendance à la hiérarchie, ce qui confirme le travail en réseaux. Certains types de travaux et certaines clientèles sont préaffectés à certaines entreprises. Il s'agit en quelque sorte d'une forme de spécialisation. les populations étrangères ont des goûts propres et peuvent avoir leurs propres réseaux de maçons et d'artisans.
La forêt est une composante imposante du paysage. Les taux de boisement des communes sont supérieurs à 50% à Penne (74%), Vaour (60%), Milhars (64%), Itzac (57%), Montrosier (69%), Roussayrolles (57%) à Marnaves (60%), ils approchent 50% à Tonnac (46%), à St Martin-Laguepie (41%), à St Michel de Vax (49%), à Labarthe-Bleys (44%). La moitié de la surface de la zone est en bois. Elle progresse rapidement (+ 1500 ha à Vaour entre 1970 et 1995).
il n'y a pas de forêt domaniale, seulement des bois privés. Ce sont des bois de chauffe, peu propices à l'industrie (taux de cellulose faible; cas de refus à l'usine de cellulose de St Gaudens) peu favorables à la tonnellerie (beaucoup de déchets et de chutes), avec une vitesse de croissance faible, à cause de sols peu profonds, peu exploitables de manière moderne (sols en pente) et peu enracinés (risque de chute en cas de tempête).
L'essentiel de la forêt est en feuillus. 150 hectares ont été plantés en 1972 en résineux dans le cadre de trois groupements forestiers.
La forêt est le lieu d'une économie informelle développée, le bucheronnage n'est pas toujours soumis à des contrats en bonne et due forme. Beaucoup de coupes à mi-fruits, de travail au noir.
L'exploitation n'est pas toujours facile (accès difficile) ni toujours bien faite (cas de coupes rases qui dégradent le paysage).
La forêt est un facteur fort de l'identité locale parce qu'elle est le support d'une activité
marquante: la chasse. S'y jouent les ressorts de la sociabilité traditionnelle, l'intégration ou
l'exclusion des non-résidents.
La chambre des métiers recense sur les deux cantons onze entreprises liées au travail du bois (y
compris la valorisation et les métiers d'art liés au bois). D'une manière générale,
ce sont de petites entreprises artisanales. Il y en avait vingt-cinq en 1979 (avec 71 actifs).
Des tentatives de diversification - valorisation ont été faites dans les années quatre-vingts: charbon de bois, cercueil, tonnellerie, palette... Peu de tentatives ont été de franches réussites. Seul le charbon de bois semble constituer sinon une réussite, du moins une solution viable. Mais pour l'une des deux entreprises, c'est la maîtrise des débouchés qui permet le maintien; pour les deux entreprises, c'est le contrôle des approvisionnements qui constitue le principal atout.
Les partenaires dans leur ensemble sont très méfiants quant aux perspectives de développement de la filière bois. Seul l'ONF avec la forêt domaniale semble en mesure de valoriser le bois de la Grésigne, de manière valable. Les résineux ne sont pas bien côtés, pour plusieurs raisons:
Les bois sont considérés comme du patrimoine. Ils servent à la chasse, à la cueillette des champignons, au bois de chauffe. Le pâturage sous bois a pu parfois constituer une pratique d'élevage, mais il tend à disparaître. L'OGAF environnement tente de le réhabiliter.
En 1996, la forêt paysanne ne couvre plus qu'un peu moins de la moitié de la surface en bois du canton de Cordes et un quart de celle de Vaour. L'essentiel part en bois de chauffe. Seulement100 hectares de peupliers (pour trente agriculteurs), 10 hectares de noyers (trois agriculteurs), 150 hectares de bois d'oeuvre (douze agriculteurs), une quinzaine d'agriculteurs déclarent entretenir leurs bois.
La réglementation des boisements relève de deux procédures, l'une paritaire, l'autre
administrative. La première est la commission locale d'aménagement foncier (comité déboisement)
qui prépare les décisions de la commission départementale d'orientation (CDC). Le comité
de boisement a été créé en
1991; il autorise les aides européennes et nationales. C'est une structure paritaire agriculteurs/forestiers.
La seconde est constituée par l'autorisation préfectorale, mais uniquement dans les communes réglementées:
Vaour, Penne, Vindrac-Alayrac.
Le boisement des terres agricoles permet de bénéficier d'aides: 60% du montant du coût du boisement et 75% dans les territoires prioritaires, à Vaour et Cordes en particulier, sur devis. Une aide est également prévue en plus pour compenser la perte de revenu. Pour les agriculteurs, elle est de 1200F par hectare et par an. Sept ans pour le peuplier, 10 ans pour les conifères, 15 ans pour les feuillus. Pour les non-griculteurs 600 francs/ha et par an. Complément région: 375F/ha/an. Le boisement fait naître beaucoup d'espoir.
Chacun des deux cantons a perdu 200 habitants environ entre 1975 et 1990. L'idée maîtresse et dominante est que l'exode est inéluctable, inévitable, évident, parce que la zone ne dispose ni d'emplois ni d'atouts ou d'aménités (les deux facteurs étant liés). Trop de retards accumulés, trop de handicaps non surmontés, trop de blocages condamneraient ce type d'espace. Pourtant, la zone attire. Il suffit de considérer la liste des demandes de logements dans les mairies, le succès des logements HLM de Vaour, l'installation réussie de quelques artisans ou agriculteurs (lorsqu'elle a été bien réfléchie) pour remettre en cause ce caractère nécessaire du déclin. Il suffit de discuter avec les artisans, les entrepreneurs, les acteurs locaux, d'une manière générale, pour constater leur attachement au pays. Un stage réalisé sur le canton de Vaour en 1995 a permis à douze personnes formées sur quatorze de trouver un emploi sur place dans la vallée de l'Aveyron (77). Beaucoup n'imaginent pas de vivre ailleurs. L'enclavement leur parait souvent un faux problème (sauf la départementale Gaillac-Cordes).
D'un côté, le déclin, de l'autre, des germes de vie, sinon de renouveau. Paradoxe !
L'image du rural profond est négative, vue de l'extérieur. L'administration, les collectivités, les organes consulaires, n'encouragent pas le peuplement de ces zones. Le taux d'échec des artisans et commerçants n'est pourtant pas supérieur à la moyenne française. Au contraire (cf. chiffres Chambres des Métiers). Bien plus, les permis ne sont pas toujours accordés. les contrôles sont plus pointilleux (en particulier, les contrôles fiscaux). Tout se passe comme si l'on voulait encourager le peuplement et l'activité en milieu urbain ou périurbain aux dépens du rural profond.
Il existe une autre série d'obstacles, qui tiennent à la population en place. Pour s'installer, en particulier en agriculture, il faut accéder au foncier bâti. Qu'il s'agisse d'agriculture, d'artisanat ou d'activités industrielles, commerciales ou touristiques. Les agriculteurs doivent en plus - et d'abord accéder au foncier non bâti. On peut noter fréquemment le paiement d'une sorte de droit d'entrée, surprix payé par rapport à ce que les personnes du cru, les voisins ou la famille auraient eu à payer. Souvent, la terre ou les biens immobiliers sont cédés à des propriétaires locaux pour servir à l'agrandissement et à l'extensification. Comment dans ces conditions arrêter l'hémorragie démographique ? Comment assurer le renouvellement de la population si les habitants ne manifestent pas un certain volontarisme en matière d'installation ? La marginalisation est davantage le fait d'un blocage local inteme que de la neutralisation par des populations extérieures du foncier.
La zone est davantage une zone résidentielle qu'une zone d'activités: 1500 personnes travaillent
dans (es deux cantons mais 1800 actifs y résident. A peine 500 travaillent hors des deux cantons et 200
viennent des cantons périphériques pour y travailler (78). 1300 habitants vivent et travaillent à Vaour et Cordes, mais 1100 travaillent dans leur
commune de résidence, et 200, tout en vivant dans les deux cantons ne travaillent pas dans la commune de
leur lieu de travail.
Près des deux tiers des actifs (62,2%) travaillent dans leur commune de résidence. Compte tenu des
effectifs agricoles, un quart de la population, c'est près de 40% de la population qui trouvent à
s'employer sur place, dans son lieu de résidence.
Mais un nombre grandissant d"actifs résidant dans (es deux cantons travaille hors de leur commune de
résidence. Ils étaient 571 en 1982 et 678 en 1990, soit une progression de 20%, alors que dans la
même période, le nombre d'actifs diminuait. Cette forte progression n'est pas rare dans les régions
rurales de Midi-Pyrénées. Les déplacements quotidiens de population qui lui correspondent
tiennent pour l'essentiel à l'attraction des bassins d'emploi urbains, une attraction qui s'étale
dans l'espace avec l'amélioration de l'état des routes, le choix grandissant des ménages en
faveur de l'habitat individuel et la constitution de plus en plus fréquente de ménages pluriactifs.
Où travaillaient en 1990 les actifs résidant dans la zone ?
Parmi les actifs travaillant hors des deux cantons:
Dans le méme temps, 199 actifs ne résidant pas dans les deux cantons venaient y travailler, en
provenance surtout de l'Albigeois, du Gaillacois et de la vallée de l'Aveyron.
La confrontation des situations communales montre des différences sensibles:
Les enquêtes menées en 1996-1997 confirment ces tendances, mais signalent aussi des évolutions
significatives dans les déplacements de travail. Leur nombre continue à augmenter. Les élus
rencontrés signalent pratiquement tous des installations récentes de ménages travaillant à
1"extérieur, qui font plus que compenser les départs de jeunes actifs quittant le domicile familial.
Parmi les destinations de travail, Toulouse et surtout Albi sont en augmentation, avec des emplois dans le tertiaire
(santé, enseignement, banque, ...). Au contraire, la vallée de l'Aveyron régresse, du fait
notamment de la fermeture de la cimenterie de Lexos (80) ; toutefois, l'entreprise Mercadié (fabrique de chaussures, 135 salariés) de Laguépie
et quelques autres établissements (maison de retraite de Laguépie, entreprise de travaux publics
de Varen, ...) offrent des emplois aux habitants des communes proches. Si l'attrait de Gaillac et de petits centres
proches (Cahuzac-sur-Vére) se maintient, celui de Carmaux diminue fortement.
Les enquêtes montrent par ailleurs qu'emploi local et emploi extérieur ne constituent pas des catégories
absolument étanches. Des entreprises locales, dans le bâtiment notamment, exercent leur activité
sur un territoire qui déborde souvent le territoire des deux cantons. Des artistes et artisans d'art, des
commerçants forains, vendent leurs oeuvres et leurs marchandises sur les marchés et lors de manifestations
régionales (jusqu'à Sainte-Enimie dans les gorges du Tarn). Une entreprise spécialisée
dans la formation informatique prépare ses programmes et son matériel à Cordes mais assure
ses services dans toute la France; la subdivision cordaise de l'Equipement couvre trois cantons, ...
Cette porosité entre le territoire des deux cantons, son environnement géographique et
des territoires parfois éloignés n"est pas exceptionnelle dans la France rurale. Elle est peut-être
accentuée ici par l'importance et les caractères de la fonction d'accueil.
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