Contrat Espace 2000 - Contrat de Terroir des cantons de Cordes et Vaour

Pré-diagnostic territorial

1ère partie - Le territoire et les hommes


 
Les cantons de Cordes et Vaour font partie des périphéries rurales tarnaises. Leur appartenance à l'Albigeois est historique, mais constitue aussi une réalité d'aujourd'hui. Avec le canton voisin de Castelnau de Montmiral, ils forment un ensemble doté d'une identité micro-régionale marquée, caractérisée par différents éléments qui le distinguent de territoires voisins, le Ségala ou les coteaux de Lisle sur Tarn et Salvagnac, aux composantes pourtant proches. Il n'en a pas toujours été ainsi, et les héritages venus d'un passé parfois éloigné sont à prendre en considération par qui veut comprendre la dynamique actuelle de ce territoire et les clivages intemes qui le segmentent.
 
L'étude publiée en 1992 par l'agence de développement Agate et l'équipe de recherche universitaire GRESOC (13) nommait "Causses et coteaux du Nord-Ouest"la petite région constituée des cantons de Castelau de Montmiral, Cordes et Vaour. Malgré une évolution récente porteuse de changements importants, notamment en matière d'organisation spatiale, la plupart des caractères communs alors relevés gardent leur pertinence. Mais de fortes divisions internes existent, qui se sont cristallisées depuis 1995, à travers la mise en place de structures intercommunales à fiscalité propre.

1.1 - Un patrimoine de qualité, une personnalité territoriale forte

Au contact des demiers contreforts du Massif central et du bassin aquitain, les Causses et coteaux du Nord-Ouest s'étendent entre la vallée du Tam, qu'ils dominent, et celle de l'Aveyron.

D'une superficie de 305 km2, les deux cantons de Cordes et Vaour forment un quadrilatère irrégulier de trente kilomètres (entre les hauteurs de Saint-Marcel et la forêt de la Garrigue, commune de Penne, sur la rive droite de l'Aveyron) sur vingt (entre Noailles et le Riols). Ce territoire est constitué de milieux naturels complexes qui peuvent être regroupés en six sous-ensembles, souvent rattachés à des formations développées à sa périphérie:

Ces quatre ensembies clairement distincts sont traversés par deux cours d'eau majeurs: l'Aveyron et le Cérou.

Ces milieux naturels, brièvement décrits, n'ont pas d'unité. Mais ils ont en commun leur forte personnalité. Cette zone de contact entre massif ancien et bassin sédimentaire présente, sur des distances étonnement courtes, des milieux très variés dotés d'une grande valeur paysagère. Dans le Midi toulousain, c'est assurément le complexe paysager de qualité le plus proche de la métropole régionale. Le fil conducteur qui relie ses différentes composantes est à rechercher dans le patrimoine culturel.
 
Il s'agit en effet d"un territoire profondément humanisé. Ses paysages ont été construits par des générations de paysans, de ruraux ... et de citadins (Cordes a compté plus de 6000 habitants):
parcellaire du vignoble, bocage, terrains de parcours, forêt paysanne.
 
Les composantes naturelles (roches, couleurs du sol, couverture végétale, reliefs et pentes) et les composantes culturelles (bastides médiévales, villages préservés, petite architecture rurale, parcellaire et terroirs) du milieu géographique s'associent en sous-ensembles variés qui ont en commun de correspondre à l'image positive que se font des campagnes du Sud-Ouest les sociétés nord-européennes de la fin du XXème siècle.
 
Mais le patrimoine ne se limite pas à ce qui se voit, au paysage et à ses composantes naturelles et humaines. D'autres éléments, hérités de l'histoire, ont façonné les sociétés locales et conditionnent la dynamique actuelle des deux cantons. Faute de compétences particulières dans le domaine des mentalités et de leur histoire, le diagnostic peut seulement apporter quelques éléments susceptibles d'éclairer les comportements actuels face aux projets de développement. Nous en retiendrons six.

L'impression qui prévaut est celle d'un territoire à forte personnalité, traversé de lignes de faille:
entre le canton de Cordes et celui de Vaour, entre Cordes et les autres communes du canton, au sein de l'agglomération cordaise. Ces lignes de faille sont certes héritées, traces de périodes révolues, elles n'en existent pas moins et il convient d'en tenir compte. Les dépasser passe par une action volontaire de développement territorial.

1.2 - Un espace rural peu peuplé

Avec la montagne tarnaise, cette petite région est une des moins peuplées du département, en valeur absolue (5127 habitants en 1990) et proportionnellement à sa superficie : 21 habitants au km2 dans le canton de Cordes, 12 dans celui de Vaour, alors que la densité moyenne des communes rurales du département atteint 27 habitants au km2, un chiffre pourtant faible au regard des densités rurales françaises (32 habitants au km2 pour la France rurale) et nord-européennes. Dans quatre communes du canton de Vaour et une du canton de Cordes, la densité est même inférieure à dix habitants au km2 j et elle ne dépasse 20 hab/km2 que dans quatre communes.
 
Cette faiblesse générale des densités souligne l'importance qu'occupent ici les paysages naturels, ou supposés tels, car il s'agit en réalité de paysages construits.
 
Les communes composant les deux cantons sont toutes rurales. La plus importante par sa population, Cordes, n'atteignait pas 1000 habitants au recensement de 1990. La ville médiévale et moderne, qui compta jusqu'à 6000 habitants, est devenue un bourg au XXème siècle.
 

Nombre d'habitants et densité par commune
 
commune population densité commune  population densité
Cordes 932 hab 113 Boumazel 134 hab 18 
Penne 516 8 Tonnac 129 11
St-Martin Laguépie 412 19 Frausseilles 100 17
Milhars 316 19 ltzac 98 9
Vaour 295 21 Lacapelle-Ségalar 96 14
Les Cabannes 292 47 Marnaves 74 7
St-Marcel-Campes 244 11 Loubers 72 17
Mouzieys-Panens 209 16 St-Michel de Vax 70 12
Livers-Cazelles 204 16 Amarens 70 14
Noailles 179 15 Roussayrolles 66 12
Vindrac-Alayrac 161 16 Labarthe Bleys 65 7
Souel 157 16 Donnazac 62 13
Le Riols 147 29  Montrosier 27 8
 

source - Insee, Recensement de 1990

 
Quatorze des vingt-six communes appartenant à l'un ou l'autre des deux cantons avaient moins de 150 habitants en 1990. Cet émiettementt communal, parmi les plus marqués du département du Tarn avec une partie du Vaurais, constitue sans aucun doute un des caractères fondamentaux de la zone, un caractère aux conséquences multiples: faiblesse des capacités financières des communes, dilution du pouvoir local, nécessité du recours à l'intercommunalité pour assurer la plupart des services de base. Il constitue aussi l'héritage d'un passé de communautés attachées à leurs libertés et à leur indépendance.

1.3 - Localisation entre des grands axes régionaux de communication

Les deux cantons, et leur environnement proche (Salvagnac, Castelnau-de-Montmiral, Saint-Antonin- Noble-Val, constituent une avancée du Quercy calcaire et des terrains primaires du Massif central dans le bas pays toulousain et son réseau de villes petites et moyennes situées à quelques dizaines de kilomètres:

La ville la plus proche est accessible en un quart d'heure ou une demi-heure.
La distance à Toulouse varie entre 85 et 115 km.
Vers l'amont, deux villes sont proches: Carmaux, à 20km de St-Marcel, et Villefranche-deRouergue, à 30km de St-Martin-Laguépie.
 
L'enclavement est donc très relatif, même si la distance aux équipements commerciaux et de services, place l'ensemble des deux cantons en position peu favorable par rapport à la moyenne tamaise (39)."La localisation par rapport aux axes et aux noeuds de circulation fait une première différence entre villes et campagnes, mais aussi entre campagnes et campagnes"(40)
 
Le renforcement - tardif - de l'équipement autoroutier de la région Midi-Pyrénées modifie les distances-temps et positionne différemment les Causses et coteaux au sein de la région, L'autoroute A88, fonctionnelle entre Toulouse et Marssac, place la zone à une heure trente de la capitale régionale (Gaillac est la bretelle la plus proche). L'autoroute A20, en chantier entre Brive et Montauban (bretelle de Caussade), va la rapprocher des clientèles touristiques du nord de la France et de l'Europe. Encore faut-il pouvoir y accéder dans de bonnes conditions. Deux"barreaux"(41) vont relier les deux autoroutes: la RD 999 Montauban-Gaillac, et, plus au nord, la RN140 Martel-Rodez par Figeac. Aucune ne traverse les cantons de Cordes et Vaour.
 
Les deux principales routes départementales de la zone - D 600 Albi-Lexos et D 922 Gaillac-Laguépie - ont une fréquentation inégale (42) : 4100 véhicules/jour en moyenne en 1996 pour le tronçon Albi-Cordes de la D600 (en augmentation), 1360 véhicules/jour pour Cordes-Lexos, 1640 pour Gaillac-Cordes (en augmentation), moins de 1000 véhicules/jour entre Cordes et Laguépie (43). Si la D600 a connu d'importants aménagements ces demières années, facilitant la liaison avec le chef-lieu du département, il n'en va pas de même des autres voies citées, et notamment de la D922 (44), Au delà de Cordes, l'ancienne route impériale Toulouse-Clermont s'apparente à un cul-de-sac . Cette route constitue pourtant aujourd'hui l'axe stratégique de la zone, notamment dans sa partie Cordes-Gaillac, très utilisée dans les liaisons avec la capitale régionale.
 
Le chemin de fer a une histoire (45) dans ces premiers contreforts du Massif central, Mais a-t-il un avenir ? L'ancienne voie du"Grand Central "entre Montauban et Varen, a disparu depuis les années cinquante. La voie Tessonnières-Capdenac ne constitue plus une priorité pour la SNCF et il a fallu la forte mobilisation de la population et de ses élus pour maintenir ouverte la gare de Vindrac-Alayrac en 1992-93. Un des scénarios envisagés par la SNCF pour l'an 2000 prévoit la suppression de la ligne Tessonnières-Aurillac (46). Quelle sera la place de cette ligne dans le réseau ferré régional, entre la ligne nationale Toulouse-Cahors-Paris et la ligne régionale Toulouse-Albi-Rodez, une des rares lignes rentables selon le contrat de plan Etat-Région, tout au moins jusqu'à Albi (47) ?
 
Les cantons de Cordes et Vaour font partie des espaces intersticiels, à l'écart mais guère éloignés des grands axes routiers et ferroviaires régionaux. L'amélioration de la liaison à ces grands axes constitue ici un enjeu fondamental de développement.

1.4 - Cordes, la campagne et les centres extérieurs commerciaux et de services

A partir de 1"inventaire communal de 1988, l'INSEE a défini des"bassins de vie quotidienne "(48) organisés autour d'un centre (ville ou bourg) disposant d'un nombre suffisant d'équipements commerciaux et de service pour satisfaire aux besoins banals de la population (49). L'examen de la carte des bassins de vie quotidiennes (50) fait ressortir trois faits majeurs dans les deux cantons étudiés:

Cordes jouit d'une position forte - grâce au relief et aux voies de communication qui s'y adaptent - et d'une image positive. Le succès du marché du samedi matin en témoigne. Les vallées de l'Aveyron et du Cérou ont un gros effet structurant. L'éloignement relatif des villes moyennes joue aussi en faveur de Cordes. Le bourg est en effet bien équipé; il possède tous les commerces et services nécessaires à la vie quotidienne des habitants. Selon un commerçant local, seul manque le poissonnier.
 
L'état des commerces, et singulièrement ceux de la place de la Bouteillerie, impressionne par son niveau de modemité, par rapport aux boutiques d'autres bourgs du département: façades et devantures refaites récemment, armoires et présentoirs réfrigérés, éclairage, réorganisation de l'espace de vente, jeunesse des gérants ... A l'évidence, des reprises récentes ont eu lieu - ce que , confirme l'enquête - , accompagnées de rénovation. Les transformations de la Poste et des agences bancaires vont dans le même sens.
 
Les causes de ce bon état général sont à rechercher dans l'existence d'une triple clientèle: locale, de passage et de séjour. Coiumerces et services du bourg doivent beaucoup à la fréquentation touristique. Certains vivent quasi exclusivement de ces clientèles saisonnières (restaurants, salons de thé, brocantes, boutiques d'objets artisanaux, ...). Mais les commerces et services de base parviennent à tenir et à se moderniser grâce au surplus de clientèle apporté par le tourisme. Tout cela confère à Cordes un équipement commercial et de services inhabituel dans un bourg de cette importance.
 
La clientèle touristique constitue pour beaucoup de commerçants l'élément qui leur permet de tenir. Contrepartie: une trop grande dépendance par rapport au tourisme peut être dangereuse, si celui-ci n'est pas maîtrisé; un été pluvieux comme celui de 1996 et les conséquences des difficultés économiques actuelles en matière de consommation estivale des ménages vont laisser des traces.
 
La césure ancienne et toujours vivante entre le haut et le bas de Cordes est très sensible sur le plan commercial; elle rend difficile toute action commune entre commerçants du haut - dépendant presque exclusivement du tourisme - et du bas - aux clientèles variées - , qui croient n'avoir pas les mêmes intérêts.
 
Rares sont les autres communes à disposer des fonctions commerciales minimales. Penne, Milhars et Vaour possèdent quelques commerces alimentaires (alimentation, boulangerie, café) mais aucune boucherie n'existe dans ces communes, ni de commerce non-alimentaire. L'équipement des Cabannes en commerces de base n'est pas complet non plus (pas de boucherie). Leur fonction centrale reste donc très limitée.
 
L'amélioration de l'équipement commercial et de l'état des commerces, sensible à Cordes, se traduit ailleurs par la recherche de solutions pour pallier le handicap de l'isolement : certains jouent la carte de la qualité - des charcutiers par exemple ; les mêmes et d'autres compensent leur relatif isolement en organisant des toumées (commerces alimentaires) ou le service à domicile (coiffeur); certains ont recours à la pluriactivité pour assurer leurs revenus (épicerie/chambres d'hôtes/exploitation agricole à Penne, nouveau rayon épicerie à la boulangerie de Vaour).
 
Le dynamisme communal participe aussi au maintien et à l'amélioration de l'équipement commercial et de services: dans la recherche de repreneurs (Vaour), dans l'organisation de marchés hebdomadaires, saisonniers ou non (Cordes, Les Cabannes, Vaour) et, avec l'aide du département, voire d'autres partenaires, dans l'aménagement de places et de rues valorisant l'équipement commercial (Cordes, Les Cabannes), dans la rénovation ou la construction d'équipements de service (collège de Cordes, gendarmeries de Cordes et de Vaour)...
 
Mais les gros villages éprouvent des difficultés à conserver des commerçants (Penne, Les Cabannes, Vaour, St-Martin-Laguépie et Milhars); le"turn-over"des repreneurs en témoigne (boulangerie de Vaour, épicerie des Cabannes); à part Cordes/Les Cabannes, aucune commune n'a un équipement commercial et de service suffisant pour que chacune de ses composantes puisse s'appuyer sur les autres.
 
Le développement de l'intercommunalité de service, notamment des regroupements pédagogiques intercommunaux, et des associations pluricommunales (ADMR pour le maintien à domicile, GREAVI pour le transport à la demande) constitue, ici comme ailleurs, un palliatif à la faiblesse des moyens communaux, dans le maintien de services indispensables à la population.
 
Quand la restructuration menace, les communes et leurs habitants résistent aux projets de fermeture de service: avec succès jusqu'ici pour la gare de Vindrac et la poste de Vaour. Mais la transformation prochaine des services publics dans le cadre européen (notamment Poste et SNCF) risque d'aboutir à des fermetures dans la zone (de gare et d'agences).
 
S'il pâtit de la faiblesse de ses densités démographiques, le Tarn-Nord-Ouest, ne reste donc pas passif devant la rétraction des commerces et des services. Au contraire - et c'est sans doute un des acquis des opérations de développement qui se sont succédées dans la zone (ce point est abordé en seconde partie) et de l'animation afférente - le territoire fait preuve sur ce plan d'un dynamisme certain.
 
Il n'en reste pas moins que la majorité des communes ne dispose plus d'aucun commerce, plus d'école; cette dispersion en agglomérations de très petite taille (villages et hameaux) accentue l'isolement, notamment des personnes âgées. Le transport à la demande perd des usagers; certes, les nouvelles générations de personnes âgées sont plus autonomes, notamment en matière de transport, mais l'isolement de certains n'en est pas moins réel.
 
En 1990, le bassin de vie quotidienne commandé par Cordes rassemblait, selon l'Insee, l'essentiel des communes des deux cantons ainsi que Milhavet. Seuls Penne et Saint-Michel-de-Vax, Montrosier, Le Riols et Saint-Martin-Laguépie échappaient à l'influence cordaise, remplacée pour les deux premières par celle de Caussade, pour les deux demières par celles de Laguépie et Saint-Antonin-Noble-Val.

Neuf ans après, qu"en est-il ? Sans être totalement remise en question, l'attractivité cordaise subit de plus en plus la concurrence directe du pôle albigeois, centre d'un bassin de vies (51) qui tend à s'étendre sur un gros tiers du département. Des deux cantons, seule la commune de Penne échappe à son attraction, au profit de Montauban ou Caussade - sauf en matière administrative ou Albi est le plus souvent incontournable. Gaillac et Villefranche-de-Rouergue, autres centres extérieurs de première importance il y a quelques années pour certaines communes (St-Martin, Itzac, Donnazac, voire Vaour, ...) voient leur influence régresser au profit du chef-lieu du Tarn, sauf en ce qui concerne les commerces et services liés à la viticulture et aux élevages bovin et ovin-viande. Hypermarchés, hôpital et cliniques, lycées et premier cycle universitaire, administrations, sont concentrés dans la ville moyenne, plus proche en distance-temps depuis l'aménagement de la D600.
 
L'échec de l'implantation d'une grande surface, en 1989, aux Mazières, commune de Livers-Cazelles mais à proximité immédiate de Cordes, s'il a peut-être facilité le maintien de petits commerces cordais (52), a dans le même temps renforcé le pouvoir attractif d'Albi, le recours à la grande distribution s'étant généralisé au cours des vingt demières années.
 
Le rôle de Toulouse, comme centre commercial et de services grandit aussi, notamment depuis la mise en service de l'autoroute A68. Ce transfert des fonctions de centralité aux pôles de haut niveau est général en France. Il s'opère au détriment des petites villes et des bourgs et, si l'on en croit l'étude récente réalisée par l'Insee sur l'avenir des petites villes et des villes moyennes de Midi-Pyrénées (53), il atteint aujourd'hui les villes moyennes, concurrencées par les grandes villes.
 
Dans ce contexte, le bon équipement de Cordes, s'il constitue un atout important pour la cité et sa petite région, n'est pas dissociable de l'activité touristique, sans laquelle le (petit) pôle cordais perdrait rapidement l'essentiel de ses établissements commerciaux et de service.

1.5 - La tendance lourde au recul démographique

Les Causses et coteaux du Nord-Ouest ont perdu beaucoup d'habitants depuis le milieu du XIXème siècle. En prenant comme référence le recensement de 1876, soit une vingtaine d'années après le maximum de population de 1851, la population des deux cantons a pratiquement diminué des deux-tiers en 114 ans : 14139 habitants en 1876, 5127 en 1990 (-63,7%).
 
Le recul démographique s'est poursuivi jusqu'au dernier recensement disponible, celui de 1990. Entre 1982 et 1990, le taux annuel de variation s'établit à -0,41% dans le canton de Cordes et -0,79% dans celui de Vaour. La zone fait partie de ces"campagnes en voie de dépeuplement"qui représentent le quart des surfaces rurales du pays (54). Il importe ici de situer Cordes et Vaour dans leur environnement micro-régional- Les cantons ruraux voisins, du Tarn comme du Tarn-et-Garonne, continuent eux aussi à perdre des habitants. Mais c'est dans celui de Vaour que l'évolution est la plus défavorable. Elle tend même à se dégrader entre 1968 et 1990, alors que le recul s'atténue ailleurs, davantage dans les cantons de Salvagnac et Castelnau-de-Montmiral que dans ceux de Cordes et Monestiès.
 

Taux annuel de variation 1968-1990
 
Canton 1968-1975 1975-1982 1982-1990
Cordes -1,37% -0,48% -0,41%
Vaour -0,69% -0,76% -0,79%
Monestiés  -1,55% -0,47% -0,41%
Castelnau de M. -0,98% -1,16% -0,31%
Salvagnac -2,13% -0,45% -0,34%
St-Antonin -1,38% -0,07% -0,63%
Tarn rural  -0,76% +0,34% +0,30%
M-P. rural -0,52% +0,43% +0,38%
 

Source :Insee

 
Entre 1975 et 1990, le canton de Vaour a perdu 11% de sa population, celui de Cordes 6,5%. Mis à part Castelnau-de-Montmiral (-10%), les autres cantons ruraux voisins ont régressé moins fortement. L'évolution récente est donc particulièrement défavorable.
 
Une telle évolution repose en grande partie sur le mouvement naturel (naissances - décès), mais c'est le solde migratoire (arrivées - départs) qui différencie le mieux les cantons.
 

Taux annuel d'évolution 1982-1990
 
Canton Mouvement naturel Solde migratoire
Cordes -0,87% +0,46%
Vaour -0,46% -0,32%
Monestiés  -0,78% +0,37%
Castelnau de M. -0,38% +0,07%
Salvagnac -0,30% -0,04%
St-Antonin -0,85% +0,22%
Tarn rural  -0,19% +0,50%
M-P. rural -0,36% +0,74%
 

Source: Insee, recensement de1990

 
Dans les deux cantons de la zone comme dans les quatre cantons voisins, mais aussi dans l'ensemble des communes rurales du Tam et de la région Midi-Pyrénées, les décès l'emportent sur les naissances. Mais dans la petite région, partout sauf à Vaour, le solde migratoire se redresse, s'équilibre ou devient positif à partir de 1975-82.
 
Trois types de cantons se dégagent de cette analyse rapide de l'évolution démographique récente:

L'ancienneté du déclin démographique se traduit notamment par le vieillissement de la population. Ici, les personnes âgées de 60 ans et plus représentent près de 35% de la population (soit un habitant sur trois, et jusqu'à un habitant sur deux à Loubers). Elles sont pratiquement deux fois plus nombreuses que les moins de 20 ans.
 

Part des personnes âgées et des jeunes
 
Canton 60 ans et plus moins de 20 ans
Cordes 34,7% 18,0%
Vaour 34,9% 19,3%
Monestiés  33,5% 19,7%
Castelnau de M. 31,2% 19,4%
Salvagnac 29,1% 22,4%
St-Antonin 36,4% 18,7%
Tarn rural  26,8% 23,6%
 

Source: Insee, recensement de1990

 
A l'échelle communale, l'évolution démographique est plus différenciée, mais le sens général reste le même, sur longue période.
 

Evolution de la population communale entre 1876 et 1990
 
Commune Evolution 
1876-1990
Commune  Evolution 
1876-1990
Amarens -40,1% Montrosier -79,8%
Bournazel -66,3% Mouzieys-Panens -68,8%
Les Cabannes -53,5% Noailles -62,5%
Cordes -60,8% Penne -71,7%
Donnazac -59,7% Le Riols -61,6%
Frausseilles -56,5% Roussayrolles -67,0%
Itzac -75,0% St-Marcel-Campes -61,6%
Labarthe-Bleys -79,7% St-Martin Laguépie -64,3%
Lacapelle-Ségalar -70,1% St-Michel de Vax -76,8%
Livers-Cazelles -57,1% Souel -50,0%
Loubers -67,4% Tonnac -62,9%
Marnaves -77,6% Vaour -49,8%
Milhars -57,7% Vindrac-Alayrac -57,7%
 

Source - Insee

 
Cette hémorragie de population correspond d'abord à 1'exode rural puis à ses conséquences sur le mouvement naturel (effet du vieillissement). Elle est inégale, certes, les communes perdant entre la moitié et les deux-tiers de leurs effectifs, mais ce recul est partout considérable, comparable à celui de régions montagnardes plus isolées que ne 1'est ce secteur du Tarn.

Entre 1975 et 1990, la plupart des communes ont encore perdu des habitants (jusqu'à 44% à Montrosier !), mais pas toutes.
 

Evolution de la population communale entre 1975 et 1990
 
Commune Evolution 
1975-1990
Commune  Evolution 
1975-1990
Amarens -20,4% Montrosier -43,7%
Bournazel +7,2% Mouzieys-Panens -8,3%
Les Cabannes +6,1% Noailles -6,7%
Cordes -3,6% Penne +0,1%
Donnazac -12,6% Le Riols -8,6%
Frausseilles -17,3% Roussayrolles -16,4%
Itzac -22,8% St-Marcel-Campes +4,2%
Labarthe-Bleys -16,6% St-Martin Laguépie -22,2%
Lacapelle-Ségalar -24,4% St-Michel de Vax -12,5%
Livers-Cazelles +12,0% Souel +3,9%
Loubers -10,0% Tonnac +5,7%
Marnaves -22,9% Vaour -16,1%
Milhars -9,9% Vindrac-Alayrac -15,2%
 

Source - Insee

 
Des indices de reprise démographique apparaissent, révélateurs des changements sociaux et de l'évolution des fonctions que connaissent les deux cantons.

1.6 . Des signes de redressement démographique

Les tendances démographiques évoluent. Après plus d'un siècle d'exode rural, de dépeuplement et de vieillissement de la population, de diminution des densités, des signes de redressement apparaissent, insuffisants jusque-là pour renverser la tendance longue, mais tout de même significatifs.

Face à ces indices de redressement, quatre types de communes peuvent être distinguées:

  1. Communes en croissance sur la période 1975-1990
    Boumazel, Les Cabannes*, Livers-Cazelles, Penne*, St-Marcel-Campes*, Souel, Tonnac*
  2. Reprise après 1982
    Amarens*, Donnazac*, Mouzieys-Panens*
  3. Poursuite du recul démographique entre 1982 et 1990, solde migratoire devenu positif ou nul Cordes, Labarthe-Bleys*, Noailles*, Le Riols, Vindrac-Alayrac
  4. Recul, avec solde migratoire négatif
    Frausseilles, Itzac, Lacapelle-Ségalar*, Loubers, Mamaves, Milhars*, Montrosier,
    Roussayrolles, St-Martin-Laguépie, St-Michel-de-Vax, Vaour*.

*communes dont le nombre de jeunes de moins de 5 ans a augmenté entre 1982 et 1990

1.7 - Revenus et activités

De quoi vivent les habitants des deux cantons ? Pour répondre à cette question, trois points vont être abordés: une approche des revenus, une analyse de l'emploi local et de son évolution, le développement du travail à l'extérieur.

1.7.1 - Approche difficile des revenus des ménages

En matière de revenus, les sources sont peu nombreuses et les données qu'elles foumissent n'ont qu'une fiabilité relative. En effet,"la connaissance fine des revenus des Français, de la richesse et de la pauvreté des ménages, est toujours délicate à apprécier"(56). Le principal fournisseur d'information est la Direction Générale des Impôts, qui donne notamment le"revenu fiscal moyen des foyers imposés".
 
En 1990, ce revenu moyen était particulièrement élevé dans le canton de Vaour (supérieur à 120 000F), nettement plus faible dans celui de Cordes (110 000F) (57). Au contraire, estimé à partir de la répartition socio-professionnelle des habitants, le revenu global (imposé et non imposé) des ménages est inférieur à la moyenne régionale dans le canton de Cordes et surtout dans celui de Vaour. Cette apparente contradiction tient évidemment à l'importance des revenus non imposés, mais aussi aux"différences de traitement d'un type de revenu à lautre (forfait, fraude)"(58), particulièrement sensibles dans une petite région rurale où les professions indépendantes (agriculteurs, commerçants, artisans) représentent une forte proportion de la population.
 
Compte-tenu de l'importance relative des retraités, une proportion élevée des revenus provient des transferts sociaux (retraites, prestations, allocations), moindre toutefois que dans les cantons voisins du Tarn-et-Garonne (St-Antonin) et de l'Aveyron (Najac) où elle représente plus du tiers du revenu des ménages. A Cordes et Vaour, la fraction la plus significative des revenus, par rapport à la moyenne régionale, provient de i'entreprise et de la propriété: elle représente plus du tiers des revenus après impôts (59).
 
Importance des transferts sociaux et surtout de la part des revenus provenant de l'entreprise et de la propriété, niveau plutôt élevé du revenu fiscal moyen des foyers imposés... ces indices révèlent l'importance locale de trois populations : les retraités, les actifs indépendants - en particulier les agriculteurs - , les couches moyennés salariées.

1.7.2 - Les revenus agricoles

Les revenus des exploitations agricoles peuvent être analysés à partir des données du Centre de Gestion du Tarn. L'échantillon disponible est constitué de onze exploitations du canton de Vaour (soit 15% du total) et cinquante-quatre exploitations du canton de Cordes (plus du tiers).
 
A Vaour, la surface des exploitations est plutôt petite par rapport à la moyenne des exploitations suivies en gestion au niveau départemental: 36ha contre 50ha dans le département. La répartition entre la vallée et le plateau est à peu près égale. Les exploitations de vallée sont très intensives, celles du plateau plutôt extensives. En moyenne, les exploitations de la vallée pèsent beaucoup dans les comportements moyens et les performances.
 
Les exploitations à Vaour sont diversifiées; on trouve du maraîchage (une exploitation), de l'horticulture (1), de la viticulture (8), des fruits (1), des cultures spéciales (6) ou des exploitations d'élevage : ovins viande (1), bovins lait (5) et bovins viande (3), celles-ci étant de taille plus grande (52ha en bovins viande, 39ha en lait).
 
Les chiffres d'affaires ramenés à l'exploitation ou à l'hectare sont importants, mais les charges aussi. Les résultats sont bons à l'unité de surface: le foncier est bien valorisé (2500F/ha contre 2000F dans le département). Le revenu des exploitations est en moyenne de 83 000F à Vaour (114 000F dans le département).
 
45% du revenu est constitué de primes, de subventions et d'aides (35% pour le département). La situation financière est convenable. Les équilibres financiers sont bons. Très peu de découverts bancaires; 31% d'endettement à long, moyen et court terme, ce qui est faible. Les fonds de roulement représentent plus de 200 jours d'avance, mais la rentabilité reste faible, à cause de l'importance des capitaux engagés au regard des revenus.
 
A Cordes, sur 54 exploitations, 52 ont des céréales et 47 des plantes fourragère. 29 exploitations sont viticoles, avec 7ha en moyenne de vigne. C'est ce dernier système qui améliore les revenus du canton. Le revenu moyen est de 136 000F. Le revenu par hectare atteint 2300F avec 7000F de marge brute et 4650F de charges de structure. Les subventions, ici comme à Vaour, représentent 45% du revenu.
 
Si les résultats des exploitations inscrites au centre de gestion pour ces deux cantons sont bons, il ne faut pas pour autant considérer qu'ils sont généralisables. Avec des tailles de cheptel souvent faibles (20 à 25 vaches laitières, 25 à 50 vaches allaitantes, 180 ovins-viande), les revenus moyens sont souvent faibles.
 
L'enseignement à retirer de l'examen des comptes des exploitations de ces deux cantons est la grande diversité des résultats, liée à la diversité des situations (naturelles, patrimoniales, face aux marchés,
...).

1.7.3 - Emplois agricoles, emplois non agricoles

L'emploi est-il lié à l'activité agricole ? Il est communément admis que dans ces régions, le niveau d'activité dépend de ("activité agricole."Si l'emploi diminue dans l'agriculture, il diminuera aussi dans les secteurs non agricoles"(60). Quand l'exode rural frappait les campagnes françaises, ce jugement allait de soi. En effet, les activités étaient liées, directement ou indirectement, à l'agriculture : amont et aval des filières agroalimentaires, commerce, emplois des services marchands et non marchands dépendant du niveau de population. En va-t-il toujours de même aujourd'hui ? A l'évidence; non (61).
 
Alors que l'emploi agricole diminue fortement entre 1962 et 1990, les effectifs passant globalement de 1745 à 507, soit une baisse de 70%, les emplois non agricoles ont progressé de 78% pendant la même période, ce qui ne suffit cependant pas pour empêcher le recul total du nombre d'actifs, en régression de 23%, alors que dans le même temps, la population totale (actifs et inactifs) diminue de 14% seulement.
 
Le nombre d'agriculteurs baisse. Au contraire, l'essor des nouvelles catégories socio-professionnelles (le nombre d'employés, cadres et professions intermédiaires fait plus que tripler) est remarquable, alors que les ouvriers travaillant hors de l'agriculture augmentent légèrement leurs effectifs (+12%), moins que les artisans, commerçants et petits patrons (+26%).

Pourquoi ? Quel est le moteur ? L'activité agricole n'est plus en cause. Il n'y a pas, par ailleurs, de grosse industrie motrice, ou de système productif local cohérent ou suffisant pour expliquer une telle évolution. D'une part, l'emploi non agricole progresse dans la zone, d'autre part, la zone se résidentialise; c'est-à-dire que certains ménages font le choix de rester ici, ou viennent s'y installer, alors qu'un ou plusieurs membres de la famille travaillent ailleurs.
 

Répartition de la population active en 1962 et 1990
 

 

Cordes 1962

Cordes 1990

Vaour 1962

Vaour 1990

profession

nombre

%

nombre

%

nombre

%

nombre

%

agriculteurs exploit. 1101 60,6% 308 22,8% 454 60,3% 180 28,8%
ouvriers agricoles 134 7,4% 13 0,9% 56 7,4% 6 0,9%
actifs agricoles 1235 67,9% 321 23,7% 510 67,7% 186 29,8%
PIC, indépendants 185 10,2% 232 17,2% 59 7,8% 76 12,2%
cadres 16 0,9% 80 5,9% 2 0,3% 36 5,8%
prof.intermédiaires 63 3,5% 184 13,6% 26 3,5% 76 12,2%
employés 89 4,9% 292 21,6% 30 3,9% 112 17,9%
ouvriers 215 11,8% 243 17,9% 125 16,6% 138 22,1%
autres 14 0,7%     1 0,1%    
actifs non agricoles 582 32,0% 1031 76,3% 243 32,3% 438 70,2%
ensemble des actifs 1817 100,0% 1352 100,0% 753 100,0% 624 100,0%
 

Source :INSEE

1.7.4 - Des unités économiques de (très) petite taille

L'emploi local se répartit dans un nombre relativement important d'entreprises de petite taille, la plupart n'occupant que l'entrepreneur (62) et des aides familiaux.
 

Entreprises et services publics de plus de 10 salariés
 
 

Etablissements

Nombre d'emplois

Sociétés du"groupe"Thuriès, à Cordes 60 à 90
Collège d'enseignement public de Cordes 46 
Maison de retraite de Cordes 35
Subdivision DDE à Cordes (63) 33
Mairie de Cordes 22
Service de la Poste à Cordes 18
Caussé, à Noailles, matériel agricole (64) 16
"Construire Demain", à Cordes, formation informatique 15
Société Loupiac, à Souel, travaux publics, entretien de jardins 12
Société Bosc, à Milhars, matériaux de construction, carrière 13
 

Source : CCI d'Albi et enquêtes

 
Aucune entreprise de plus de 50 salariés n'existe dans les deux cantons. Seules les sociétés créées par Yves Thuriès à Cordes (65) dépassent - ensemble - ce nombre. Bâtiment et travaux publics, matériel agricole, hôtellerie-restauration, services privés, services publics: ces petites unités économiques se dispersent dans un large éventail de branches d'activités. Sur ce plan, elles sont à l'image des structures économiques existantes, même si certaines branches sont mieux représentées que d'autres.
 
A partir des données disponibles à la CCI d'Albi, à la Chambre des Métiers et à la DDAF du Tarn, complétées par les informations recueillies auprès des maires et d'entrepreneurs locaux en 1996 et 1997, un tableau des unités économiques et de l'emploi local peut être établi. Moins précise que le recensement, et surtout élaborée à partir de sources multiples et non pas, comme le recensement général de la population, à l'aide d'une enquête directe systématique, l'estimation réalisée permet d'analyser la répartition des unités économiques et des emplois par branche d'activité.

Au recensement de 1990, l'Insee estimait à 1505 le nombre des emplois locaux (actifs travaillant dans leur commune de résidence + actifs travaillant dans une autre commune des deux cantons + actifs résidant hors de la zone, mais y travaillant). Ce nombre est issu du"sondage au quart"(traitement d'une fiche du recensement) et non du traitement exhaustif (prise en compte de toutes les fiches). Le repérage effectué en 1997, à partir des sources indiquées, aboutit à 1575 emplois, un nombre comparable à celui donné par le recensement de 1990, correspondant assez bien à la"stabilisation" démographique évoquée par les maires rencontrés.

L'agriculture (66) occupe un tiers des actifs (36%) travaillant dans la zone, le tourisme 15 ou 11% selon que l'oit inclue ou non les artistes et artisans d"art. Aucune autre branche n'atteint 10% de l'emploi local, mais le secteur public (enseignement, collège de Cordes, gestion territoriale et autres services publics), avec des effectifs supérieurs à 200 personnes, représente 16% de l'emploi local.
 

Evolution du nombre d'actifs entre 1962 et 1990
 

 

1962

1990

 

Nombre

%

Nombre

%

 

Cordes

Vaour

Cordes

Vaour

Cordes

Vaour

Cordes

Vaour

Agriculteurs exploitants 1101 454 60,1% 59,1% 308 180 22,7% 28,8%
Artisans, commerçants, chefs d'entreprise 185 59 10,1% 7,7% 232 76 17,1% 12,2%
Cadres, prof. intellectuelles supérieures 16 2 1,1% 0,3% 80 36 5,9% 5,8%
Professions intermédiaires 63 26 3,8% 3,4% 184 76 13,6% 7,4%
Employés 89 30 4,9% 3,9% 292 112 21,6% 17,9%
Ouvriers 
(dont ouvriers agricoles)
349 
(134)
181 
(56)
19,1% 
(7,3%)
23,6% 
(7,3%)
256 
(13)
144 
(6)
18,9% 
(0,1%)
23,0% 
(0,1%)
Autres 14 1 16% 2,1%        
ACTIFS 1817 768 100% 100% 1359 624 100% 100%
Population totale 4152 1846     3509 1612    
 

Source :INSEE

 
En 1962, l'essentiel de l'activité sur les deux cantons dépend du dynamisme agricole. Ce n'est manifestement plus le cas. Seulement 25% des actifs sont agriculteurs exploitants.

L'évolution des deux cantons est similaire. Les matrices des catégories socioprofessionnelles ne sont pas beaucoup déformées. Il reste un peu plus d'agriculteurs exploitants à Vaour, un peu moins de cadres moyens ou d'employés et un peu plus d'ouvriers. La décroissance de l'emploi est parallèle, avec un léger retard de Vaour sur Cordes.

En dehors de l'agriculture, d'autres activités traditionnelles continuent à exister, mais le nombre d'entreprises et leurs effectifs ont beaucoup diminué. Ainsi, l'exploitation de carrières ne concerne plus que trois entreprises locales (67), dont deux de travaux publics, alors qu'il s'agissait autrefois d'une spécialité de Vaour. De même, le travail du bois, particulièrement actif à Penne au siècle demier (68), ne compte - hors menuiserie - qu'une douzaine d'entreprises artisanales et de travailleurs indépendants. L'artisanat textile, autrefois développé à Cordes, ne survit que grâce à quelques artisans d'art.
 

Les unités économiques par branche d'activité et estimation des emplois, en 1997
 
  nombre de structures nombre d'
Branches d'activités Cordes Vaour emplois
Exploitations agricoles (69) 225 100 545
Entreprises artisanales du bâtiment 38 15 100
Artisanat et négoce agricole (70) 21 9 55
Travail du bois 4 8 30
Entretien de jardins, paysage 3 5 25
Ateliers d'art 33 3 40
Mécanique auto, carburant 8 3 15
Artisanat et commerce alimentaire 15 8 50
Autres entreprises artisanales 24 1 65
Boutiques liées au tourisme 33 0 60
Hôtels, cafés et restaurants 16 4 80
Autres entreprises touristiques (71) 18 5 65
Autres commerces 20 1 45
Transport (72) 4 0 10
Services privés 24 3 80
Santé, social (73) 18 1 65
Enseignement 4 3 65
Gestion territoriale (74) 23 10 95
Autres services publics 7 5 85
Ensemble 538 184 1575
 

Sources : CCI d'Albi, Chambre des Métiers, DDAF et enquête directe

 
Le secteur du bâtiment représente une centaine d'emplois, répartis dans des entreprises de petite taille. Plus de la moitié des 56 structures repérées n'emploient aucun salarié déclaré, pour une dizaine d'entreprises du bâtiment et des travaux publics comptant deux à treize salariés. Tous les corps de métier sont présents, et la dispersion géographique est la règle.

Le tourisme occupe une place relativement importante dans l'emploi local, au même niveau que le bâtiment. Il regroupe des professions bien différentes: commerçants du haut de Cordes, hôteliers, restaurateurs, gérants de camping ou de parc de loisirs, employés de centres de vacances, auxquels il faut ajouter quelques prestataires du tourisme rural à la tête de petits complexes associant hébergement, restauration et parfois animation.

L'activité touristique dégage aussi des revenus complémentaires pour des ménages ayant une autre activité, agricole ou tertiaire, ou plus d'activité (retraités); notamment par la location d'appartements ou de chambres.

Mais d'autres agents économiques tirent aussi une partie de leurs revenus du tourisme. Outre les coiumerçants spécialisés dans une clientèle touristique, la plupart de leurs collègues (du boulanger au marchand de vêtements) et certains artisans (garagistes, coiffeurs) réalisent une part appréciable de leur chiffre d'affaires pendant la saison ou toute l'année (construction).

Cette diffusion dans la population des deux cantons, sous la forme d'emplois et de revenus, confère au tourisme une place particulière dans l'économie de la zone: à la fois branche clairement identifiée et activité transversale, donc fortement liée à d'autres branches, telles l'agriculture, le commerce ou l'artisanat.
 
Les services privés regroupent deux types d'activités bien distinctes: les plus nombreux sont utilisés par la population locale ou saisonnière (banques, assurances, notaire, agents immobiliers, professions libérales de la santé, ...) ; deux sociétés de taille très différente (15 emplois chez l'une, 1 chez l'autre) assurent une activité de conseil-formation auprès d'entreprises généralement extérieures à la zone. Ces deux demières sociétés représentent une facette originale de la fonction d'accueil qui pourrait se développer dans les causses et coteaux du Nord-Ouest.

Unités économiques et emplois se répartissent de façon très inégalitaire dans la zone.

40% des unités économiques identifiées hors de l'agriculture sont localisées dans la commune de Cordes, et rassemblent 52% des emplois non agricoles. Mais le pôle cordais déborde le territoire communal. L'ensemble constitué par les communes de Cordes, des Cabannes et par la zone de la Mazières (commune de Livers-Cazelles) regroupe 50% des unités économiques et 62% des emplois non agricoles de l'ensemble des deux cantons.
 

Répartition des activités non agricoles en 1997
et estimation du nombre d'emplois dans les principales communes
 
Commune unité économiques emplois
Cordes 160 535
Les Cabannes 35 80
Livers-Cazelles 17 35
Saint-Martin-Laguépie 19 40
Vaour 22 50
Penne 20 40
Milhars 14 30
 

Source : CCI d'Albi, Chambre des Métiers, enquête

 

Répartition des activités non agricoles en 1997
et estimation du nombre d'emplois dans les sous-ensembles territoriaux
 
Commune unité économiques emplois
"pôle cordais" 200 640
reste du canton de Cordes  113 230
canton de Vaour 84 160
 

Source : CCI d'Albi, Chambre des Mètiers, enquête

 
Le canton de Vaour représente 22% des unités économiques de la zone et 16% seulement des emplois non agricoles (75), soit nettement moins que la partie rurale (hors pôle cordais) du canton de Cordes.

Le nombre d'unités économiques évolue chaque année, au gré des créations et des disparitions. Les indicateurs de ce mouvement sont à utiliser avec prudence. Ainsi, la CCI d'Albi tient à jour un fichier des immatriculations et des radiations d'établissements. En 1996, 32 immatriculations ont été enregistrées dans la zone, dont 19 à Cordes. Elles représentent une cinquantaine d'emplois, la moitié étant localisée à Cordes. Mais ces immatriculations peuvent correspondre à de véritables créations, à des changements de statut juridique, ou à des inscriptions d'établissements déjà existants (76). Il est donc difficile, à partir de telles données, d'appréhender le dynamisme des créations d'unités économiques.

Confronter immatriculations et radiations est plus intéressant, dans la mesure où les changements de statut juridique s'annulent, l'ancienne structure étant radiée quand la nouvelle demande l'immatriculation- Sur dix ans, l'évolution est assez significative.
 

Immatriculations et radiations à la CCI d'Albi entre 1986 et 1995
 

 

Canton de Cordes

Canton de Vaour

Période

immatriculation

radiation

solde

immatriculation

radiation

solde

1986-1990 80 60 +20 19 20 -1
1991-1995 108 93 +15 19 15 +4
ensemble 188 153 +35 38 35 +3
 

Source : CCI d'Albi

 
L'essentiel du mouvement conceme le canton de Cordes, et singulièrement le chef-lieu. Dans les deux cantons, entre 1986 et 1995, le solde est positif, c'est-à-dire qu'il y a eu plus d'immatriculations que de radiations. La situation s'améliore à Vaour après 1990, mais les nombres restent très faibles, au regard de ceux du canton voisin, même en tenant compte du poids démographique des deux cantons. Les nombres de Cordes sont toutefois gonflés par les immatriculations saisonnières, liées à l'activité touristique et artistique de la bastide pendant l'été. Il n'en reste pas moins que le solde global est positif. Ceci confirme les tendances plus anciennes (1962-1990) relevées précédemment quant au nombre de commerçants et artisans. Une telle évolution n'est pas si fréquente en milieu rural !

1.7.5 - L'artisanat, un secteur qui bouge

Les deux cantons sont plutôt bien pourvus en artisans. Au répertoire de la Chambre des Métiers, il y a,,ait en 1995, 142 entreprises (32 à Vaour II 0 à Cordes). Ce sont pour la plupart des entreprises individuelles et pour le quart restant, des sociétés. Leur nombre a augmenté de 14 unités soit 11% en 10 ans, alors que la population a diminué (de 3,2%[ à Cordes et 6,1% à Vaour entre 1982 et 1990).

On compte une entreprise artisanale pour 50 habitants à Vaour et une pour 32 à Cordes (1 pour 48 habitants dans le Tarn). La proportion élevée d'artisans dans le canton de Cordes tient principalement à la présence d'artisans d'art, bien qu'une minorité seulement d'entre-eux (quinze sur une quarantaine) soit inscrits à la Chambres des Métiers. Au total 53 artisans inscrits à la Chambre des Métiers, c'est à dire pratiquement la moitié des artisans des deux cantons vivent sur la commune de Cordes. Celle-ci polarise fortement l'activité artisanale de la région.

L'évolution est beaucoup plus rapide à Vaour qu'à Cordes, en dix ans, 23% d'augmentation à Vaour, 6.8% à Cordes (14,5% dans le département). Les courbes d'évaluation se ressemblent, avec des creux marqués en 1989, 1991, 1993.

Si l'on répartit les artisans en huit catégories: alimentation, travail des métaux, textile-cuir-habillement, bois et ameublement, autres fabrications, bâtiment, réparations-transports-services et autres activités et si l'on compare la répartition à l'intérieur de ces catégories des artisans des deux cantons avec la répartition tarnaise, apparaît alors nettement une moins bonne dotation de la sous-branche réparations-transports-services, surtout à Vaour.
 

Les activités artisanales à Vaour et Cordes
 

Secteur d'activités

Cordes

Vaour

Département

Alimentation 15% 18% 13%
Travail des métaux 6% 3% 5%
Textile - cuir - habillement 2%   5%
Travail du bois 7% 9% 10%
Autres fabrications 13% 9% 10%
Bâtiment 35% 53% 32%
Transport - services 16% 6% 27%
Autres     1%
Total (valeur absolue) 109 32 7090
 

Source: Chambre des métiers du Tarn

 
A l'inverse, le bâtiment est bien représenté ainsi que l'artisanat alimentaire.
 

La densité de l'artisanat par secteur d'activité
(Nombre d'habitants pour un artisan )
 

Secteur d'activités

Cordes

Vaour

Département

Alimentation 206 268 349
Travail des métaux 502 1609 861
Textile - cuir - habillement 1172   918
Travail du bois 439 536 1064
Autres fabrications 234 536 454
Bâtiment 90 94 148
Transport - réparations - services 175 804 178
 

Sources: Chambre des métiers, RGP 1990

 
Les artisans de plus de 55 ans sont certes nombreux dans les deux cantons, mais le nombre de jeunes artisans est plus élevé. La répartition selon l'âge est ici plus étalée. Seulement 17,5% des artisans ont moins de 35 ans dans le département, alors qu'ils constituent 31,2% des effectifs à Vaour et 19,2% à Cordes. A l'inverse, seulement 14,7% des artisans du Tarn ont plus de 55 ans, 21% à Cordes, 18,7% à Vaour. Il y a en fait deux générations bien différentes d'artisans. La plus récente s'est installée dans les années quatre-vingts, provoquant un rajeunissement marqué de cette population active. Ainsi, 15,3% des artisans avaient moins de 25 ans en 1985 à Vaour (1,4% dans le département). C'est dans le bâtiment que les artisans sont les plus jeunes.
 
La création d'entreprises progresse à un rythme moyen de l'ordre de 1% par an, mais ce chiffre cache un roulement important. Beaucoup d'entreprises se créent, beaucoup disparaissent. Celles qui disparaissent sont radiées pour cause d'arrivée à l'âge de la retraite ou pour cessation. En 1995, 21 entreprises artisanales ont été radiées mais 13 (soit 62%) avaient moins de six ans d'activité. Ainsi, le taux d'échec semble très fort. Beaucoup échouent ou abandonnent dans les cinq ans qui suivent leur installation: environ les trois quarts. Mais ceux qui restent sont à l'origine de la progression de l'artisanat. Beaucoup de porteurs de projets se sont manifestés, pour la plupart des jeunes attachés au pays par des liens familiaux ou des choix de cadre de vie.

1.7.6 - Le secteur de la construction sous le signe de l'adaptation

Trois traits majeurs marquent l'activité du bâtiment sur les deux cantons: le développement du travail au noir, le travail en réseaux et en sous-traitance et enfin un certain émiettement. Ces trois tendances expriment une même réalité, la flexibilité.

L'émiettement est caractérisé par une tendance au renforcement de la concurrence qui se traduit entre autres par une diminution de la taille des établissements, exprimée en nombre de salariés. Il y avait sur la zone ou sur sa périphérie immédiate quelques grandes entreprises atteignant jusqu'à 50 salariés. Elles n'existent plus. le modèle qui s'impose est la petite entreprise avec 1, 2 ou 3 salariés. Les entreprises de la zone s'extériorisent jusqu'à Albi, Najac, Montauban. Mais à l'inverse, des entreprises périphériques (Gaillac, St Antonin...) viennent sur la zone. La concurrence se renforce.

Le travail au noir est important. Néanmoins, quelques petites entreprises se sont créées. Ce développement du travail au noir renforce la fonction sociale et d'accueil de la zone. C'est le mode d'insertion privilégié de nombreux arrivants-migrants.

Le travail en réseaux ou en sous-traitance se renforce. En réseaux avec des plombiers, des électriciens, des menuisiers..., en sous-traitance lorsque des chantiers importants sont proposés ou lorsque la demande se fait plus dense. On note donc une tendance à l'organisation.

Il y a lieu également de noter un certain cloisonnement des marchés (ce qui n'est pas contradictoire avec le renforcement de la concurrence), c'est à dire une tendance à la hiérarchie, ce qui confirme le travail en réseaux. Certains types de travaux et certaines clientèles sont préaffectés à certaines entreprises. Il s'agit en quelque sorte d'une forme de spécialisation. les populations étrangères ont des goûts propres et peuvent avoir leurs propres réseaux de maçons et d'artisans.

1.7.7 - La filière Bois : beaucoup d'espoirs et de déceptions

La forêt est une composante imposante du paysage. Les taux de boisement des communes sont supérieurs à 50% à Penne (74%), Vaour (60%), Milhars (64%), Itzac (57%), Montrosier (69%), Roussayrolles (57%) à Marnaves (60%), ils approchent 50% à Tonnac (46%), à St Martin-Laguepie (41%), à St Michel de Vax (49%), à Labarthe-Bleys (44%). La moitié de la surface de la zone est en bois. Elle progresse rapidement (+ 1500 ha à Vaour entre 1970 et 1995).

il n'y a pas de forêt domaniale, seulement des bois privés. Ce sont des bois de chauffe, peu propices à l'industrie (taux de cellulose faible; cas de refus à l'usine de cellulose de St Gaudens) peu favorables à la tonnellerie (beaucoup de déchets et de chutes), avec une vitesse de croissance faible, à cause de sols peu profonds, peu exploitables de manière moderne (sols en pente) et peu enracinés (risque de chute en cas de tempête).

L'essentiel de la forêt est en feuillus. 150 hectares ont été plantés en 1972 en résineux dans le cadre de trois groupements forestiers.

La forêt est le lieu d'une économie informelle développée, le bucheronnage n'est pas toujours soumis à des contrats en bonne et due forme. Beaucoup de coupes à mi-fruits, de travail au noir.

L'exploitation n'est pas toujours facile (accès difficile) ni toujours bien faite (cas de coupes rases qui dégradent le paysage).

La forêt est un facteur fort de l'identité locale parce qu'elle est le support d'une activité marquante: la chasse. S'y jouent les ressorts de la sociabilité traditionnelle, l'intégration ou l'exclusion des non-résidents.
 
La chambre des métiers recense sur les deux cantons onze entreprises liées au travail du bois (y compris la valorisation et les métiers d'art liés au bois). D'une manière générale, ce sont de petites entreprises artisanales. Il y en avait vingt-cinq en 1979 (avec 71 actifs).

Des tentatives de diversification - valorisation ont été faites dans les années quatre-vingts: charbon de bois, cercueil, tonnellerie, palette... Peu de tentatives ont été de franches réussites. Seul le charbon de bois semble constituer sinon une réussite, du moins une solution viable. Mais pour l'une des deux entreprises, c'est la maîtrise des débouchés qui permet le maintien; pour les deux entreprises, c'est le contrôle des approvisionnements qui constitue le principal atout.

Les partenaires dans leur ensemble sont très méfiants quant aux perspectives de développement de la filière bois. Seul l'ONF avec la forêt domaniale semble en mesure de valoriser le bois de la Grésigne, de manière valable. Les résineux ne sont pas bien côtés, pour plusieurs raisons:

1.7.8 - La valorisation du bois par les agriculteurs

Les bois sont considérés comme du patrimoine. Ils servent à la chasse, à la cueillette des champignons, au bois de chauffe. Le pâturage sous bois a pu parfois constituer une pratique d'élevage, mais il tend à disparaître. L'OGAF environnement tente de le réhabiliter.

En 1996, la forêt paysanne ne couvre plus qu'un peu moins de la moitié de la surface en bois du canton de Cordes et un quart de celle de Vaour. L'essentiel part en bois de chauffe. Seulement100 hectares de peupliers (pour trente agriculteurs), 10 hectares de noyers (trois agriculteurs), 150 hectares de bois d'oeuvre (douze agriculteurs), une quinzaine d'agriculteurs déclarent entretenir leurs bois.

La réglementation des boisements relève de deux procédures, l'une paritaire, l'autre administrative. La première est la commission locale d'aménagement foncier (comité déboisement) qui prépare les décisions de la commission départementale d'orientation (CDC). Le comité de boisement a été créé en
1991; il autorise les aides européennes et nationales. C'est une structure paritaire agriculteurs/forestiers. La seconde est constituée par l'autorisation préfectorale, mais uniquement dans les communes réglementées: Vaour, Penne, Vindrac-Alayrac.

Le boisement des terres agricoles permet de bénéficier d'aides: 60% du montant du coût du boisement et 75% dans les territoires prioritaires, à Vaour et Cordes en particulier, sur devis. Une aide est également prévue en plus pour compenser la perte de revenu. Pour les agriculteurs, elle est de 1200F par hectare et par an. Sept ans pour le peuplier, 10 ans pour les conifères, 15 ans pour les feuillus. Pour les non-griculteurs 600 francs/ha et par an. Complément région: 375F/ha/an. Le boisement fait naître beaucoup d'espoir.

1.7.9 - Les ressorts de l'installation

Chacun des deux cantons a perdu 200 habitants environ entre 1975 et 1990. L'idée maîtresse et dominante est que l'exode est inéluctable, inévitable, évident, parce que la zone ne dispose ni d'emplois ni d'atouts ou d'aménités (les deux facteurs étant liés). Trop de retards accumulés, trop de handicaps non surmontés, trop de blocages condamneraient ce type d'espace. Pourtant, la zone attire. Il suffit de considérer la liste des demandes de logements dans les mairies, le succès des logements HLM de Vaour, l'installation réussie de quelques artisans ou agriculteurs (lorsqu'elle a été bien réfléchie) pour remettre en cause ce caractère nécessaire du déclin. Il suffit de discuter avec les artisans, les entrepreneurs, les acteurs locaux, d'une manière générale, pour constater leur attachement au pays. Un stage réalisé sur le canton de Vaour en 1995 a permis à douze personnes formées sur quatorze de trouver un emploi sur place dans la vallée de l'Aveyron (77). Beaucoup n'imaginent pas de vivre ailleurs. L'enclavement leur parait souvent un faux problème (sauf la départementale Gaillac-Cordes).

D'un côté, le déclin, de l'autre, des germes de vie, sinon de renouveau. Paradoxe !

L'image du rural profond est négative, vue de l'extérieur. L'administration, les collectivités, les organes consulaires, n'encouragent pas le peuplement de ces zones. Le taux d'échec des artisans et commerçants n'est pourtant pas supérieur à la moyenne française. Au contraire (cf. chiffres Chambres des Métiers). Bien plus, les permis ne sont pas toujours accordés. les contrôles sont plus pointilleux (en particulier, les contrôles fiscaux). Tout se passe comme si l'on voulait encourager le peuplement et l'activité en milieu urbain ou périurbain aux dépens du rural profond.

Il existe une autre série d'obstacles, qui tiennent à la population en place. Pour s'installer, en particulier en agriculture, il faut accéder au foncier bâti. Qu'il s'agisse d'agriculture, d'artisanat ou d'activités industrielles, commerciales ou touristiques. Les agriculteurs doivent en plus - et d'abord accéder au foncier non bâti. On peut noter fréquemment le paiement d'une sorte de droit d'entrée, surprix payé par rapport à ce que les personnes du cru, les voisins ou la famille auraient eu à payer. Souvent, la terre ou les biens immobiliers sont cédés à des propriétaires locaux pour servir à l'agrandissement et à l'extensification. Comment dans ces conditions arrêter l'hémorragie démographique ? Comment assurer le renouvellement de la population si les habitants ne manifestent pas un certain volontarisme en matière d'installation ? La marginalisation est davantage le fait d'un blocage local inteme que de la neutralisation par des populations extérieures du foncier.

1.8 - L'importance grandissante des migrations alternantes

La zone est davantage une zone résidentielle qu'une zone d'activités: 1500 personnes travaillent dans (es deux cantons mais 1800 actifs y résident. A peine 500 travaillent hors des deux cantons et 200 viennent des cantons périphériques pour y travailler (78). 1300 habitants vivent et travaillent à Vaour et Cordes, mais 1100 travaillent dans leur commune de résidence, et 200, tout en vivant dans les deux cantons ne travaillent pas dans la commune de leur lieu de travail.
 
Près des deux tiers des actifs (62,2%) travaillent dans leur commune de résidence. Compte tenu des effectifs agricoles, un quart de la population, c'est près de 40% de la population qui trouvent à s'employer sur place, dans son lieu de résidence.
 
Mais un nombre grandissant d"actifs résidant dans (es deux cantons travaille hors de leur commune de résidence. Ils étaient 571 en 1982 et 678 en 1990, soit une progression de 20%, alors que dans la même période, le nombre d'actifs diminuait. Cette forte progression n'est pas rare dans les régions rurales de Midi-Pyrénées. Les déplacements quotidiens de population qui lui correspondent tiennent pour l'essentiel à l'attraction des bassins d'emploi urbains, une attraction qui s'étale dans l'espace avec l'amélioration de l'état des routes, le choix grandissant des ménages en faveur de l'habitat individuel et la constitution de plus en plus fréquente de ménages pluriactifs.
 
Où travaillaient en 1990 les actifs résidant dans la zone ?

Parmi les actifs travaillant hors des deux cantons:

Dans le méme temps, 199 actifs ne résidant pas dans les deux cantons venaient y travailler, en provenance surtout de l'Albigeois, du Gaillacois et de la vallée de l'Aveyron.
 
La confrontation des situations communales montre des différences sensibles:

Les enquêtes menées en 1996-1997 confirment ces tendances, mais signalent aussi des évolutions significatives dans les déplacements de travail. Leur nombre continue à augmenter. Les élus rencontrés signalent pratiquement tous des installations récentes de ménages travaillant à 1"extérieur, qui font plus que compenser les départs de jeunes actifs quittant le domicile familial.
 
Parmi les destinations de travail, Toulouse et surtout Albi sont en augmentation, avec des emplois dans le tertiaire (santé, enseignement, banque, ...). Au contraire, la vallée de l'Aveyron régresse, du fait notamment de la fermeture de la cimenterie de Lexos (80) ; toutefois, l'entreprise Mercadié (fabrique de chaussures, 135 salariés) de Laguépie et quelques autres établissements (maison de retraite de Laguépie, entreprise de travaux publics de Varen, ...) offrent des emplois aux habitants des communes proches. Si l'attrait de Gaillac et de petits centres proches (Cahuzac-sur-Vére) se maintient, celui de Carmaux diminue fortement.
 
Les enquêtes montrent par ailleurs qu'emploi local et emploi extérieur ne constituent pas des catégories absolument étanches. Des entreprises locales, dans le bâtiment notamment, exercent leur activité sur un territoire qui déborde souvent le territoire des deux cantons. Des artistes et artisans d'art, des commerçants forains, vendent leurs oeuvres et leurs marchandises sur les marchés et lors de manifestations régionales (jusqu'à Sainte-Enimie dans les gorges du Tarn). Une entreprise spécialisée dans la formation informatique prépare ses programmes et son matériel à Cordes mais assure ses services dans toute la France; la subdivision cordaise de l'Equipement couvre trois cantons, ...

Cette porosité entre le territoire des deux cantons, son environnement géographique et des territoires parfois éloignés n"est pas exceptionnelle dans la France rurale. Elle est peut-être accentuée ici par l'importance et les caractères de la fonction d'accueil.
 


  1. Espaces tarnais, espaces d'aujourd'hui. Tome 1 : Synthése générale, et tome 2: caractère et fonctionnement des espaces tarnais. Agate - Gresoc 1992
  2. Christian Ginestet et Claude Massat : Milieu naturel, in"Tarn", éditions Bonneton 1991
  3. C. Bou, H. Bru, R. Cubaynes. G. Martignac : Connaissance du Tarn, tome 1, 1971
  4. Ginestet et Massat , 1991
  5. ZNIEFF : Zones Naturelles d'intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique
  6. Bou.1971
  7. Bemard Alet, Michéle Andrés. Michel Bertin. Claude Pichel. Brigitte Viguié - Pays et paysages grésignols. Université Toulouse - le Mirail 1980
  8. Bemard Averoux: Etude régionale du canton de Vaour, Université de Toulouse, 1969
  9. Bemadette Lizet et François de Ravignan : Les paysages ruraux des plateaux de Vaour, DDA 1980
  10. François de Ravignan : Le pays dépaysé. Revue du Tarn 1981.
  11. Claude Harmelle : Les piqués de l'aigle, revue Recherches, Paris 1982
  12. Bou, 1971
  13. ZPPAUP : Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager
  14. Charles Portal : Hisioire de la ville de Cordes en Albigeois. 3éme édition, Privat 1984
  15. Maurice Bastié. Description complète du département du Tarn, 1875
  16. cf l'analysse des processions laïques au St-Crucifix de Cordes (1880), par Jean Faury : Cléricalisme ei anticléricalisme dans le Tarn (1848-1900). Voir aussi Daniel Loddo, Entre Cordas et Grésinha CORDAE / La Talvera 1997
  17. La Dépêche du Midi, édition d'Albi, 17 décembre 1996, fichier Deptarn
  18. Elie Rossignol : Monographies communales du département du Tarn, arrondissement de Gaillac, 1865
  19. Portal 1984
  20. Rolande Trempé : Les mineurs de Carmaux
  21. Harmelle, 1982
  22. Rossignol. Monographies communales, 1865
  23. Communes du Tam - Dictionnaire de géographie administrative. Conseil Général du Tarn 1990
  24. Daniel Loddo. 1997
  25. Les trois communes (et Puycelsi) se sont toutefois disputé la place de chef-lieu de canton, de 1790 à l'an X. cf Communes du Tarn. opus cité.
  26. Mais des relations économiques anciennes existent avec St-Antonin (voir Harmelle), la vallée de l'Aveyron (voir Raymond Granier : Les minières de Penne-Puycelsi et les forges de Bruniquel. Revue du Tam 1978) et Gaillac pour la foumirure de douves de tonnellerie (voir Joël Cornette. Un révolutionnaire ordinaire : B. Lacombe, négociant. Champ Vallon 1986).
  27. Cf Espaces tarnais, un état des lieux, page 7. Agate, Université Toulouse - le Mirail, 1990.
  28. Pierre Lenormand, in Nicole Mathieu, L'emploi rural. L'Harmattan, 1995
  29. Néologisme désignant les voies rapides reliant deux autoroutes entre elles.
  30. Source : DDE 1997
  31. Comme la D115/D958 qui emprunte la vallée de l'Aveyron
  32. parmi (es routes départementales, le Conseil général distingue celles "empruntées par plus de 2000 véhicules/jour", qui ont été élargies à sept mètres (comme les nationales); celles de moins de 2000 véhicules/jour"mais présentant un intérêt particulier (en terme d'aménagement du territoire, économique, touristique ou le liant à un aménagement urbain important)"; et les autres, dont l'entretien vise avant tout à la sécurité (La Dépêche du Midi, édition Albi, du 31 janvier 1996).
  33. Harmelle, 1982
  34. La Dépêche du Midi du 26 octobre 1995.
  35. La Dépêche du Midi du 29 mars 1996.
  36. François Pradel de Lamaze, Des bassins de vie quotidienne, Statistiques et Etudes Midi-Pyrénées 1990
  37. Douze équipements ont été retenus par l'Insee: poste, marché de détail, collège public, alimentation générale, pharmacie, supermarché, magasin de vêtements de femme, magasin de chaussures, droguerie, librairie, magasin d'approvisionnement agricole, laboratoire d'analyse.
  38. Pradel de Lamaze, 1990
  39. L'Insee définit ces bassins de vie par la présence d'un pôle disposant de 78"équipements d'usage courant". La notion est donc beaucoup plus sélective que celle de bassin de vie quotidienne. Voir José Romero, Bassins de vie, bassins d'emploi, statistiques et études Midy-Pyrénées, 1990.
  40. Par ailleurs, cet échec n'a pas incité la commune de Livers-Cazelles à jouer le jeu de l'intercommunalité à fiscalité propre. Elle a préféré ne pas adhérer à la communauté de communes du Pays Cordais.
  41. Philippe Julien. 6 pages, Insee, 1997
  42. Ascher. Les territoires du futur. DATAR éditions de l'Aube 1993
  43. L'indicateur retenu ici est le nombre de"logements autorisés"(fichier SICLONE de la Direction Régionale de l'Equipement) : 25 en 1980 pour les deux cantons, 8 en 1989, 22 en 1993. Mais entre 1982 et 1992, la proportion de logements individuels autorisés dans les deux cantons par rapport aux logements existants en 1990 était dans le canton de Cordes une des plus basses de la région Midi-Pyrénées, le canton de Vaour n'étant guère mieux loti (cf Représentations de Midi-Pyrénées, Atlas régional, planche 6-4, Privat 1995).
  44. Jean-Paul Lévy, Espaces tarnais, un état des lieux, page 5, 1990
  45. Représentations de Midi-Pyrénées, opus cité, planche 4.6.
  46. idem. planche 4.6.
  47. idem, planche 4,6
  48. Lizet et Ravignan , 1980
  49. cf l'étude réalisée par Michel Blanc ... -"L'évolution des activités économiques dans les espaces ruraux midi-pyrénéens", SGAR 1993, dans le cadre du programme Midi-Pyrénées, prospective 2010.
  50. Agriculteur, artisan, commerçant. profession libérale.
  51. La subdivision de l'Equipement de Cordes a pour territoire les cantons de Cordes, Monestiés et Vaour
  52. Les établissements Caussé ont leur siège social à Noailles, mais les ateliers et magasins sont localisés à Gaillac.
  53. Patiscor, Editar, Thuriés-Magazine, Hôtel du Grand-Ecuyer, Hôtellerie du Vieux-Cordes, Chocoto, musée du Sucre. La"fourchette"tient compte de l'emploi saisonnier.
  54. Le nombre estimé des actifs agricoles de 1996 peut difficilement être comparé à celui livré par le recensement de 1990, la méthode de comptabilisation étant différente, notamment pour les aides familiaux.
  55. Une quatrième entreprise, extérieure à la zone (groupe des ciments Lafarge), exploite une carrière sur la commune de Saint-Martin-Laguépie. Le sable roux extrait de cette carrière, est stocké sur le site de l'ancienne cimenterie de Lexos, avant d'être utilisé, notamment dans la restauration de bâtiments historiques.
  56. Fabrication de douves pour tonneaux et transport du bois, voir Deffontaines. La Grésigne, Annales de géographie, 1930
  57. 297 exploitations PAC ont fait une"déclaration PAC", (210 dans le canton de Cordes, 87 dans celui de vaour). Nous avons estimé à une trentaine (soit 10%) le nombre d'exploitations n'ayant pas fait de déclaration. Le nombre d'emplois intègre les aides familiaux (0,7 par exploitation déclaré à la PAC en moyenne selon l'enquête réalisée, aucun pour les autres cxploitations) et les salariés agricoles (une dizaine).
  58. Les emplois des établissements Caussé, à Noailles, n'ont pas été comptabilisés
  59. Hors gites, chambres d'hôtes, campings à la ferme et meublés de tourisme
  60. Les transporteurs le produits agricoles ou liés à l'agriculture sont comptabilisé dans la branche"Artisanat et négoce agricole"
  61. Y-compris la maison de retraite de Cordes
  62. Mairies, syndicats et communautés de pays, Greavi
  63. Ces pourcentages sont nettement inférieurs à la part du canton de Vaour dans la population de la zone en 1990 (31%), soulignant l'importance relative plus grande de l'agriculture dans la population active.
  64. Inscription d'établissements déjà existants, à activité liée au tourisme en particulier: chambres d'hôtes, fermes-auberges par exemple.
  65. Stage CIF
  66. Fichier Mirabelle, recensement général de la population de 1990. INSEE
  67. Les lieux de travail déclarés par les habitants lors du recensement de 1990 sont parfois très éloignés du Nord-Ouest du Tarn: ainsi 67 personnes déclarent travailler dans un département non limitrophe du Tarn. Il s'agit sans doute dans la plupart des cas de résidents familiaux, saisis lors d'un séjour de congé chez leurs parents, par exemple. Mais l'enquête sur les migrants (personnes originaires d'ailleurs) a montré l'existence réelle de déplacements de travail à longue distance, avec retour hebdomadaire et non pas quotidien.
  68. Lors des manifestations qui ont tenté d'empêcher la fermeture de la cimenterie en 1994, la presse notait la présence d'élus imrnais du canton de Vaour, préoccupés par les suppressions d'emplois et par l'impact de la fermeture sur les budgets communaux (péréquation de la taxe professionnelle).


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Mise à jour: 22/08/98