Contrat Espace 2000 - Contrat de Terroir des cantons de Cordes et Vaour

Pré-diagnostic territorial

3ème partie - L'agriculture, situation et devenir


3.1 -  Entre groupes professionnels et territoires : quelle(s) solidarité(s) pour les agriculteurs ?

Les deux cantons de Cordes et Vaour sont situés en zone fragile. La déprise et la désertification y prennent des proportions qui interrogent habitants et autorités locales ou administratives Les densités sont de l'ordre de 12 habitants/km². La diminution de la population est constante depuis le milieu du XIXè siècle. Les deux cantons ont perdu 60 % de leurs habitants depuis 1876. L'hémorragie semble se stabiliser. Amorce de renaissance rurale ? ... alors que les agriculteurs ne représentent plus que 15 % de la population après en avoir représenté plus des deux tiers dans les années soixante.

Les deux cantons sont situés en zone difficile. La région est une zone de jonction entre des formations géologiques très diverses : les grès du Permien, les Causses tertiaires du Quercy, secondaires de Cordes, les molasses du grand lac Aquitain, et les schistes et micaschistes du Massif Central.

Les sols sont hétérogènes, peu profonds, sur grès ou sur calcaire. Les vallées du Cérou et de l’Aveyron sont étroites. L'altitude varie entre 160m et 523m. Les pentes sont très prononcées. Mais pour autant, il ne s'agit pas d'une zone de montagne et la compensation des handicaps ne joue pas. Les procédures qui se sont succédé depuis 40 ans ont visé l'adaptation de l'agriculture locale aux exigences socio-économiques.

Comment ces opportunités ont-elles été saisies ? Comment s'est réalisée cette adaptation des exploitations ? Selon quelles voies ? Quelles illusions ?... et désillusions ?

Enfin, les deux cantons constituent une zone enclavée. Les centres importants sont situés à la périphérie, parfois éloignée, de la zone. Les voies de chemin de fer ont disparu ou sont menacées. Les axes importants évitent la zone. Des efforts sont en train d'être faits pour améliorer le réseau routier existant. Des deux chefs-lieux de canton, celui de Cordes joue encore un rôle et les agriculteurs y sont attachés, semble-t-il. Mais de plus en plus, ils se déplacent vers les pôles périphériques (Gaillac, St Antonin, Carmaux, Albi) pour réaliser leur vie sociale et professionnelle. La solidarité était surtout d'ordre professionnel. La nature de la sociabilité évolue. Les engagements des agriculteurs sont de nature différente. Quelle(s) solidarité(s) développent-ils ? Ces nouveaux liens sont-ils à l'origine d'une nouvelle identité ?

Compte tenu de ces interrogations préliminaires, nous avons questionné les agriculteurs des deux cantons (145) . 204 personnes ont répondu au questionnaire. Les réponses peuvent être organisées autour de 8 thèmes qui se recoupent partiellement et qui constituent autant d'alternatives.

3.1.1 - Entre unité et diversité : quelle conformité aux modèles professionnels ?

Les exploitations sont de taille conséquente: 42 ha de SAU à Vaour et 52 ha à Cordes. La moyenne française en 1996 est de 35 ha. Mais beaucoup de petites exploitations n'ont pas été recensées, parce que les assiettes des recensements ne sont pas les mêmes et aussi parce que les chefs des plus petites n'ont pas voulu ou pas pu être enquêtées. Cette taille relativement importante est à rapprocher de l'âge relativement jeune des exploitants : 46 ans à Vaour et 47 ans à Cordes. On peut considérer que ce rajeunissement marque le passage d'une génération (146) .

La propriété est marquée : 70 % en propriété familiale à Vaour, 54 % à Cordes (51 % en France). Avec leurs familles, les agriculteurs contrôlent près de 80 % de la surface qu'ils exploitent (75 % en France). Le fermage se développe un peu.

Les conditions sont difficiles, avec des exploitations souvent perçues comme morcelées (la moitié des exploitations), avec beaucoup de pentes ou de terres difficiles à travailler : 15 ha à Vaour (36 % de la SAU) et 13 ha à Cordes (25 % de la SAU). Les bois et les taillis sont importants et peu valorisés : 15 ha à Vaour, 6 à Cordes.

C'est une zone à vocation d'élevage. 85 % des exploitations à Vaour et 70 % à Cordes sont des exploitations présentant des surfaces fourragères et de l'élevage. Il s'agit surtout d'élevages allaitants : 48 à Cordes et 26 à Vaour, soit 36 % des exploitations, 42 exploitations laitières, 30 en brebis (dont 2 en lait) et 8 en caprins. La taille des élevages est moyenne, 28 vaches allaitantes par exploitation, 110 000 litres de quota lait, 160 en brebis viande à Vaour et 200 à Cordes, mais 100 chèvres. Celles-ci sont proportionnellement les élevages les plus conséquents.

On compte très peu de sociétés. Le phénomène sociétaire est peu développé, ce qui traduit la difficulté des générations à coexister, faute de facteurs de production. L'intensification est faible, les hors-sols peu nombreux. Mais la diversification est relativement importante, presque un tiers des exploitations déclare une activité de diversification liée à la valorisation du patrimoine (bois, bâtiments) ou à la mise en marché (vente directe). C'est un chiffre très important : 3/4 à Cordes et 2/3 à Vaour déclarent d'autres activités que les grandes productions . Il faut souligner cette tendance forte à se dégager du modèle professionnel qui prévalait jusqu'au début des années quatre-vingt.

On peut rapprocher ce constat de celui de l'importance des revenus extérieurs. Apparemment, peu de chefs sont double-actifs. Il y a sans doute ici un biais par élimination de petites exploitations ; mais beaucoup de conjoints travaillent à l'extérieur, presque autant que de conjointes qui restent sur l'exploitation. Les exploitations retenues pour l'enquête sont des exploitations dans lesquelles la pluri-activité est peu développée relativement aux résultats du RGA ( 20 % au RGA). En effet, seulement 9 % des chefs d'exploitation déclarent être double-actifs, 37 conjointes déclarent travailler à l'extérieur à temps complet (24 % des conjointes et 18 % des exploitations pour les 2 cantons), 17 % des conjoints (soit 13 % des exploitations concernées) travaillent à l'extérieur à temps partiel. Au total, derrière les apparences, la pluri-activité est sans doute importante.

Les collectifs de travail sont plutôt restreints : 1,7 UTA par exploitation, si on compare les résultats obtenus dans des enquêtes similaires où ce chiffre dépasse 2. A 73 %, la main d'oeuvre est jugée suffisante.

En conclusion, les stratégies d'adaptation sont nombreuses. La diversité des exploitations est grande. La vocation naturelle est l'élevage, mais on ne peut parler d'un bassin de production. La diversification vers les petites productions où le hors-sol n'a pas véritablement pris.

L'orientation touristique est trop peu organisée et trop peu marquée encore, pour typer ou qualifier la région, comme en Périgord.

Hétérogènes, les conditions naturelles ont façonné des modèles différents d'adaptation au milieu. Les opportunités offertes aux exploitants (agrandissement, diversification, contrats, intensification...) ont permis de développer des stratégies divergentes en fonction des micro-espaces, la compensation du retard et des handicaps constituant et caractérisant l'unité de l'espace. L'objectif était de combler le facteur historique, de gommer la contrainte naturelle. Nous sommes actuellement dans une phase de valorisation des ressources locales qui favorise l'éclatement du modèle intensif - productiviste (ou de sa représentation).

3.1.2 - Entre homogénéité et dispersion, quelle variabilité des modèles ?

 Il existe, semble-t-il, un décalage entre les deux cantons. La SAU est de 42 ha à Vaour et de 54 ha à Cordes. La propriété (le faire-valoir direct) est plus développé à Vaour, de même que la forêt. Il y a davantage de céréales et de vigne à Cordes qu'à Vaour où prédominent les élevages. Il y a davantage en proportion et en valeur absolue (avec deux fois moins d'exploitations) de troupeaux ovins et caprins à Vaour. Mais les troupes ovines sont très petites avec des modes de conduite anciens. Si les attentes et les préoccupations (la technique, la comptabilité, le revenu, la lourdeur administrative, le tourisme, la transmission) sont identiques, les perceptions et les mentalités diffèrent également entre les deux cantons.

La dispersion est importante. A Vaour les surfaces SAU oscillent entre 5 ha et 120 ha ; à Cordes de 10 à 177 ha. Certaines ont tout en fermage et quelques-uns sont en faire valoir direct intégral. A Vaour, le nombre de vaches allaitantes varie entre 2 et 70 ; à Cordes de 3 à 79. Les quotas laitiers de 25 000 litres à 260 000 litres.

L'orientation technico-économique des exploitations est très diverse et tend encore à se diversifier ; vers le tourisme, sur la période récente ; vers les petites productions au cours des années quatre-vingt. Néanmoins, il faut également noter une tendance à la simplification de certains systèmes : abandon d'élevage pour les céréales (Cordes), abandon du polyélevage (plateau de Vaour), spécialisation viticole (plateau Cordais), arrêt du tabac (vallée de l'Aveyron).

Il y a autant de jeunes agriculteurs (de moins de 35 ans) qui déclarent, à Cordes et à Vaour, avoir choisi la spécialisation que la diversification depuis leur installation. Le mouvement est donc nuancé et complexe, et la diversité demeure.

La stabilité des chargements animaux cache une double tendance opposée : extensification sur des zones difficiles pour toucher les primes à l’hectare ; intensification par une meilleure valorisation des animaux pour les élevages laitiers en particulier.

Les conditions naturelles ne sont pas les mêmes. Il faut distinguer plusieurs petits espaces bien différenciés déterminant des accès différents aux ressources et aux facteurs, qui renforcent la diversification des modèles. L’individualisation des trajectoires se renforce.

3.1.3 - Entre autonomie et dépendance, quelles marges de manoeuvre ?

Tout se passe comme si la liberté et l'autonomie attachées au métier d'agriculteur et ressenties massivement par les exploitants comme un point fort, devaient se payer de contraintes de travail ressenties comme point faible. Ces positions sont très marquées : plus de 70 % des agriculteurs à Cordes et Vaour font référence à la liberté et à l'autonomie pour évoquer ou affirmer ce qu'ils considèrent comme le point fort de leur métier ; la qualité de vie et la proximité de la nature sont également des points forts du métier. Paradoxal pourrait apparaître, en contrepoint, le point faible le plus évoqué : la quantité de travail pour près de la moitié des agriculteurs (43 %) devant les revenus (30 %). Ce point est confirmé par la hiérarchie des préoccupations.

Par ailleurs, paradoxe apparent de plus, 70 % des agriculteurs de Vaour et 74 % de ceux de Cordes estiment que la main d'oeuvre est suffisante sur l'exploitation. La moitié des personnes interrogées prennent des vacances (comme en France) mais pour des durées très courtes : la quasi-totalité part moins de quinze jours, et 42 %, moins de une semaine. Surtout, le manque de temps est un obstacle à la participation à des journées de formation ou à des travaux de groupe pour plus de 70 % des agriculteurs. 76 % souhaitent se libérer davantage essentiellement pour des loisirs et des vacances, pour une durée de une à deux semaines surtout (54 % de ceux qui désirent prendre davantage de vacances).

Il faut donc considérer que l'autonomie représente non pas le temps libre mais la possibilité de s'organiser librement, d'être son propre chef car le temps de travail est une grosse contrainte. Dans les préoccupations, qu'il s'agisse de Vaour ou de Cordes, et quelles ques soient les communes, ressortent d'abord, et largement, la réglementation excessive et la lourdeur administrative. Près des 2/3 des entretiens font ressortir ce point : 66 % à Cordes et 57 % à Vaour. Les contraintes administratives préoccupent les agriculteurs. Elles sont perçues comme une pesanteur, une charge.

Ce que recherchent les exploitants n'est pas seulement l'autonomie dans le travail, c'est aussi l'indépendance économique et financière. La première préoccupation exprimée (après la lourdeur administrative) est celle du niveau de revenu. 50% à Cordes et 42% à Vaour expriment ce souci. Les revenus tirés de l'activité agricole sont largement complétés par des revenus extérieurs. Comme l'activité principale de l'exploitation ne permet pas de faire vivre la famille (dans 43 % des cas à Cordes et 52 % à Vaour), on comprend cette préoccupation et la recherche d'alternatives viables dans la diversification et l'accueil, même si ces activités pourraient être davantage développées.

Comment améliorer ou simplement maintenir le revenu tout en allégeant le travail ? Pour un quart des exploitants, la main d'oeuvre va diminuer dans les cinq ans à venir. La première solution qui vient à l'esprit est la simplification du système de production et la rationalisation des équipements (50 %). L'association est envisagée de manière marginale (12%). Les recours aux services collectifs (CUMA, entraide...), à la main d'oeuvre salariée, ou encore aux entreprises de travaux agricoles apparaissent comme des solutions intéressantes pour 30 % des exploitants seulement.

Les réponses apparaissent très diverses et dispersées. Peu sont collectives ou posées collectivement, même si les exploitants expriment le besoin d'en parler collectivement. La satisfaction de vivre au pays se paye en partie d'un rythme de travail élevé et de revenus parfois faibles.

3.1.4 - Entre déprise et valorisation, quelle occupation de l’espace ?

Les deux cantons perdent de la surface agricole. Les superficies totales occupées par les exploitations agricoles se réduisent, surtout sur Vaour ; d'abord les bois, taillis, friches et landes non productives. Sur les vingt dernières années, la surface totale des exploitations a diminué de 20 % : de 25000 à 20000 ha. La surface agricole utile de 2000 ha : de 17000 à 15000 ha. Les dernières statistiques (1995) publiées par la DDA confirment cette tendance. Les dix dernières années ont encore accentué la déprise.

L'enquête confirme l'impression de déprise, mais elle met, paradoxalement, en évidence les nombreux projets de développement des agriculteurs. Il existe un décalage marqué entre la situation et les projets, ou en tous cas, les volontés manifestées par les exploitants de faire évoluer leurs exploitations, et également, parfois, la saisie des opportunités comme l'opération locale.

Une tendance à l'extensification, sinon à la déprise s'affirme : la surface des exploitations est composée de SAU, mais aussi de bois. Les chargements sont faibles : 0,8 UGB/ha SFP à Cordes et 0,7 UGB/ha SFP à Vaour. 25 vaches laitières et leur suite, 200 brebis mères, 30 vaches allaitantes en moyenne par exploitation ; avec le renouvellement, et compte tenu des surfaces en céréales (environ 10 ha/exploitation), ce chargement reste inférieur à 1 UGB/ha. Il n'évolue guère depuis les deux derniers recensements. Ce sont des chiffres qui correspondent à ceux du RGA de 1988. Il existe pourtant des marges de progrès, puisque les droits à produire sont loin d'être saturés, sauf en lait (chèvre, vache, brebis). Sur les deux cantons, la différence entre le cheptel tenu et la référence de droits à primes, en vaches allaitantes est de 3, soit un manque à gagner de 10 %.

Ce qui est inquiétant, c'est la progression des systèmes allaitants qui se sont substitué au lait et qui sont moins rémunérateurs. Le suivi technique concerne moins d'un tiers des exploitations (22 % à Vaour et 32 % à Cordes). Le collectif de travail est somme toute, réduit : 1,7 UTA/exploitations à Cordes et 1,3 à Vaour (inférieur au chiffre constaté dans des enquêtes analogues).

La forêt et les bois devraient progresser, car une proportion significative d'exploitants envisage de planter plutôt que de vendre ou louer. Mais moins de 10 % déclarent que le bois est une source de revenu : 4,5 % à Cordes et 19 % à Vaour.

L'OGAF a permis de regagner du terrain sur l'enfrichement. L'énorme majorité des exploitants souligne l'intérêt de l'opération. Au terme du contrat, plus de 80 % de ceux qui ont répondu déclarent qu'ils continueront à entretenir les parcelles contractualisées (90 % à Vaour et 88 % à Cordes). Mais cela ne concerne que les agriculteurs. L'opération a eu beaucoup d'impact et de succès à Vaour où les agriculteurs s'expriment beaucoup. Ainsi, 84 % des personnes interrogées pensent qu'à Vaour, il reste localement des parcelles non entretenues qui mériteraient de l'être, contre 50 % des réponses à Cordes. Les aides sont, pensent-ils, plutôt adaptées, mais une proportion non négligeable pense qu'elles sont insuffisantes, peu rentables, mal adaptées (plafond trop bas, trop tardives, trop procédurières, peu intéressantes en regard du travail fourni...). Si l'on exclut les personnes sans opinion, 59 % à Cordes et 53 % à Vaour pensent que les aides sont adaptées au niveau des travaux à réaliser. Les aides sont perçues comme une opportunité intéressante et nécessaire, mais seulement 56 % à Vaour et 35 % à Cordes, des agriculteurs touchent la prime à l'herbe. La logique des primes n'est encore que partiellement adoptée ou intégrée. Le territoire était perçu comme un handicap. Il pourrait devenir une chance.

3.1.5 - Entre ouverture et repli, quelle sociabilité ?

Les agriculteurs expriment un souci d'ouverture, en formulant des projets ; d'autres au contraire manifestent des formes de repli. en cherchant le statu - quo. Il est difficile de savoir si certaines conditions économiques sont déterminantes dans les comportements, ou si les conditions familiales ou sociales expliquent ces attitudes de repli ou d'ouverture.

Près de la moitié des exploitants répondent qu'ils n'ont pas de projets concernant le foncier, 49% à Cordes et 45 % à Vaour. De même, exactement la moitié des personnes interrogées annoncent qu'elles n'ont pas de projets d'amélioration de leur outil de production.. La quantité de travail se stabilise ou diminue. Dans plus de 85 % des cas, à cinq ans, la main d'oeuvre se maintient ou diminue. En cas de surcharge de travail, la première réaction est de simplifier le système de production et de rationaliser les équipements plutôt que de s'associer, de recourir à de la main d'oeuvre salariée, ou de faire appel à des services collectifs ou des entreprises de travaux agricoles.

Trois agriculteurs sur quatre souhaitent se libérer davantage. Le pourcentage exact (76%) est le même dans les deux cantons. Le temps disponible qui manque, constitue un obstacle à des participations à des actions de développement. Ce souhait de se libérer concerne les loisirs et les vacances d'abord, mais aussi les réunions ou des actions de formation. Ces chiffres font écho au souci, voire au besoin éprouvé et exprimé de se retrouver (66 % à Vaour, 62 % à Cordes), à aller voir des expériences dans d'autres régions (60% à Vaour, 62 % à Cordes) à comparer leurs résultats avec des exploitations comparables (65 % à Cordes et 56 % à Vaour), plutôt d'ailleurs entre exploitants pratiquant la même production qu'entre exploitants de la même région.

Les déplacements sont motivés par des considérations professionnelles ou de consommation familiale davantage que pour des motifs culturels, sportifs ou associatifs. La commune est encore largement un lieu de vie : 68 % dans le canton de Cordes, 67 % dans celui de Vaour, mais le chef-lieu de canton n'est guère un lieu de rencontre (30 % à Vaour, 45 % à Cordes). Les opinions sont très partagées pour considérer que le chef-lieu de canton est un pôle d'attraction (31 % à Vaour, 55 % à Cordes), ce qui est compréhensible. Le chef-lieu de canton remplit alors la double fonction de pôle d'attraction professionnel et culturel - associatif - sportif.

Albi est, de loin, le centre le plus fréquenté ; pour 77 % des agriculteurs du Cordais et 45 % de ceux du canton de Vaour. Cordes arrive en deuxième position à Vaour comme dans le canton de Cordes. Ce canton est davantage tourné vers l'axe Albi-Gaillac. Vaour est davantage orienté vers la vallée de l'Aveyron : St Antonin, Montauban, Caussade, Laguépie. Ce dernier bourg attire un peu les deux cantons (31 agriculteurs déclarent s'y rendre régulièrement).

Beaucoup craignent l'isolement et l'enclavement. C’est le principal scénario exprimé d’évolution.

Il faut enfin noter l'importance des responsabilités prises par les agriculteurs. 70 % à Cordes et 65 % à Vaour en ont : d'abord au niveau communal (43 % et 44 %) ; puis au niveau professionnel (28 % et 30 %) ; au niveau associatif (24 % et 18 %) ; et enfin au niveau sportif. Plus d'un agriculteur sur deux a des responsabilités, à un titre ou un autre. Les agriculteurs qui représentent au recensement général de la population de 1990, 10% de la population, remplissent beaucoup de fonctions sociales. Leur poids social est supérieur à leur poids démographique. Si l'engagement professionnel diminue, l'engagement social augmente. Le manque de temps disponible invoqué pour justifier le désintérêt à l'égard de l'organisation professionnelle n'empêche pas la prise de responsabilité civique locale. La vie est de moins en moins locale. Les agriculteurs sortent de plus en plus de leur espace historique, mais ils s'y investissent de plus en plus.

3.1.6 - Entre solidarité et individualisme, quels engagements ?

D'une manière générale, les agriculteurs apprécient dans le métier d'agriculteur, la liberté, et l'autonomie, mais redoutent l'isolement, l'enclavement. Ils se déplacent donc de plus en plus vers Albi, Gaillac, Cordes, Carmaux, St Antonin, Montauban, Caussade et même Toulouse. C’est que la dispersion des exploitations, l'exode, mais aussi l'intensification du travail favorisent l’isolement. Les solidarités traditionnelles s'effritent, mais, pour 70 % des agriculteurs, la commune est encore un lieu de vie, parce qu'il y a des activités, alors que le chef-lieu de canton n'est plus un pôle d'attraction pour la moitié des exploitants (39 % à Cordes et 70 % à Vaour). Ces questions préoccupent beaucoup les exploitants et très peu ne se prononcent pas. La sociabilité fait l'objet de quatre autres séries de questions portant sur la coopération, les responsabilités, les relations avec les partenaires professionnels de l'encadrement, la constitution de groupes.

La coopération à la production est développée. La copropriété concerne la moitié des exploitations à Cordes, un tiers à Vaour. Elle porte surtout sur le matériel de travail du sol (63 %) et sur le matériel de récolte (45 %). L'entraide est pratiquée couramment : 70 % à Cordes et 42 % à Vaour. Cette distinction Vaour/Cordes est confirmée par les taux d'adhésion aux CUMA : 51 % à Cordes et seulement 23 % à Vaour (environ 1/3 dans le département). L'entraide représente une semaine par an environ. La copropriété, l'entraide et les CUMA concernent surtout les opérations de récolte et de travail du sol.

Le recours à l'entreprise confirme encore le souci plus marqué de l'indépendance à Vaour qu'à Cordes : 84 % des exploitations font appel à l'entreprise à Cordes et 58 % seulement à Vaour ; dans les deux cas pour des opérations de récolte (pour 84 % des exploitations).

L'achat de matériel en commun n'est envisagé que pour 17 % des agriculteurs à Vaour et 37 % à Cordes. Il concerne du matériel de travail du sol, de récolte, du petit matériel, mais pour douze agriculteurs, un tracteur (uniquement à Cordes). La moitié envisage la copropriété, l'autre moitié la CUMA.

La constitution de groupes est perçue plutôt positivement. Les deux tiers des agriculteurs éprouvent le besoin de se retrouver pour discuter de leurs préoccupations et la moitié (53 % à Cordes, 42 % à Vaour) sont prêts à suivre des journées de formation ou à participer à des travaux de groupe (le thème essentiel : l'élevage). Enfin, 61 % sont prêts à se déplacer pour voir d'autres expériences dans d'autres régions. Mais le manque de temps est un gros obstacle.

Les agriculteurs cherchent à maintenir le contact avec les canaux du développement. Le conseiller agricole est encore, et pour longtemps, une figure importante des cantons. Sur l'ensemble des deux cantons, plus du tiers des exploitations bénéficient d'un suivi technique (au niveau départemental, la moitié environ). La plupart (75 %) vendent à l'étable, sur les marchés ou en vente directe les produits de leurs troupeaux, plutôt qu’en groupements.

Ce qui pose le plus problème, c'est essentiellement la faiblesse du nombre de successeurs potentiels ou assurés : 40 % à Vaour et 46 % à Cordes n'ont pas de successeur. Sur treize agriculteurs de moins de 35 ans, quatre n'ont pas touché la DJA à Vaour et plus du tiers des exploitants sans successeur de Vaour envisagent de boiser. Ressort nettement, surtout dans le canton de Vaour, le manque de volonté d'installer des jeunes. La tendance est à l'agrandissement des exploitations ou à la déprise (enfrichement, boisement, chasse...). Le territoire agricole, faute de volonté, se restreint.

Deux tendances se dessinent concernant les groupes d'agriculteurs . D'un côté, le renforcement des petits groupes d'interconnaissance (entraide, CUMA, groupes de vente...). De l'autre, la difficulté à maintenir les cadres traditionnels de l'action de groupe (formation, conseils, réflexion en commun, voyages de groupe...). La vie locale est un centre d'attraction fort. Aussi bien les communes que le chef-lieu de canton restent des pôles d'activité sociale et les agriculteurs s'y investissent.

3.1.7 - Entre patrimoine et entreprise, quels ressorts pour l’exploitation agricole ?

L'agriculture est ici conçue et perçue comme une activité liée au patrimoine. Avec deux caractéristiques essentielles : la propriété et l'emprise familiale, c'est-à-dire une confusion marquée de la vie de famille et de la vie de l'exploitation. Mais certaines attitudes, les attentes ou les projets des agriculteurs montrent que la situation évolue et que l'activité agricole constitue, davantage qu'avant, un métier plutôt qu'un état.

L'attachement à la propriété est important. Le faire-valoir direct domine largement. Avec leurs familles, les exploitant agricoles possèdent 80 % des terres à Vaour et 75 % à Cordes (le recensement de 1956 donne 92 % des terres en faire-valoir direct pour les Causses du Quercy, celui de 1988 : 70% à Cordes et 54% à Vaour). Il y a relativement peu de sociétés ; seulement 9 à Vaour et 25 à Cordes, soit 14 % des exploitations (environ 20 % en France).

L'importance de la polyculture-élevage témoigne d'une permanence du souci d'indépendance et d’atténuation des risques. Si le bois n'est une source de revenus que pour 19 % des exploitations à Vaour et 5 % à Cordes, la plupart des exploitations en disposent et s'en servent pour le bois de chauffe, la cueillette, ou la chasse. Un tiers des agriculteurs sont chasseurs , 46 % sont favorables au reboisement et 20 % considèrent que la chasse peut être une source de revenus. L'attitude face au patrimoine boisé est en train de changer. 8 % des agriculteurs de plus de 50 ans à Cordes et 34 % à Vaour envisagent, lorsqu'ils n'ont pas de successeur, de boiser leur exploitation à terme (les aides sont incitatives).

La terre a été considérée, jusqu'à maintenant, comme le support essentiel de l'activité. Le hors-sol n'existe pratiquement pas (onze élevages, 5 % des exploitations). Beaucoup d'agriculteurs n'ont pas perçu complètement le changement lié à l'introduction des droits à produire. La moitié des exploitants (55 % à Vaour et 41 % à Cordes) ne sont pas sensibles à la question"Souhaiteriez-vous une augmentation de vos droits à produire ?" mais deux tiers de ceux qui répondent (69 % à Cordes et 52 % à Vaour) expriment leur souci et leur souhait d'augmenter leurs droits à produire : 10 à 20 en ovins-viande ; 50000 à 60000 en bovins-lait ; 10 à 12 en bovins-viande, 4 ha en vignes. Seulement 13 % des agriculteurs pensent agrandir leur troupeau.

La terre et les bâtiments sont sous-utilisés. Les chargements sont faibles. Près du tiers des exploitants ont des bâtiments sous-utilisés. Un tiers ne pense pas les utiliser ; l'agrandissement des exploitations n'est envisagé que pour 16 % des personnes enquêtées. En général, cette augmentation de la surface est en relation avec l'augmentation de la taille des troupeaux. L'augmentation des SAU est affaire d'opportunité (un voisin qui part à la retraite). Mais elle est, ici plus qu'ailleurs, largement contrôlée. Peu d'installations ont lieu ; peu de DJA accordées; des taux nets d'exode importants, liés à un renouvellement faible. Seulement 20 % de jeunes de moins de 35 ans à Vaour et 24 % à Cordes.

Les projets des exploitants sont de trois ordres, si l'on met de côté l'agrandissement foncier ou celui des troupeaux.

Un premier ensemble de projets porte sur l'amélioration de l'outil de production. La moitié des agriculteurs enquêtés ont un projet de ce type. Il s'agit pour beaucoup d'investissements : bâtiments, vigne, matériel, irrigation, stockage. Quelques uns ont le projet de moderniser leurs outils, leurs techniques. C'est une catégorie d'agriculteurs nombreuse, aussi nombreuse que celle qui a en vue des projets d'amélioration foncière : il s'agit surtout de clôtures (33 à Cordes, 19 à Vaour), de drainage (29 et 12), d'échanges (26 et 11), d'entretien de talus et de fossés (29 et 9), de broyage de pierres (33 et 5), de récupération de friches (19 et 11), d'irrigation (13 et 6)...Beaucoup ont plusieurs projets. Malgré plusieurs opérations de ce type portant sur les améliorations foncières depuis une bonne vingtaine d'années, les opérations d'amélioration foncière font toujours recette.

Un second ensemble de projets porte sur la diversification, très en vogue depuis une dizaine d'années. On note peu de projets ( maïs - semence ) dans cette direction.

Une troisième voie est constituée par la valorisation des ressources, en particulier la qualité : construction de gîtes, de chambres d'hôtes (15), d'amélioration de la vigne ou du troupeau, de vente directe (5 sur 50 exploitants ayant de la vigne à Cordes). La moitié des viticulteurs (48%) ont comme préoccupation principale la qualité par l'encépagement, 28% l'amélioration des équipements, 20% la mise aux normes, 16% le traitement des effluents, 36% la commercialisation et la promotion des produits. Seulement 4% ont comme préoccupation principale, la main d'oeuvre ou le rendement.

L'image de l'agriculteur producteur de matières premières pour la famille ou pour le marché s'estompe et devient floue. Les viticulteurs pensent à des structures commerciales, en commun. Le travail en commun et surtout la possession en commun ne sont plus déconsidérés. Le faire valoir indirect progresse. Les sociétés sont en développement. Les agriculteurs pensent au déboisement, à la chasse pour valoriser leur patrimoine.

Ces caractéristiques d'évolution sont à mettre en relation avec la recherche de solidarités locales dans le travail, la mise en marché, la recherche de synergie avec d'autres acteurs.

3.1.8 - Entre espoir et doute, quelle place et quelle perception de l'évolution de l'agriculture, de sa place dans l'espace rural et du cadre de vie ?

Le pessimisme semble l'emporter, qu'il s'agisse de l'évolution de l'agriculture ou de celle du canton. Une impression de crainte et de peur devant l'évolution de leur cadre social ou professionnel se dégage, encore plus marquée dans les petites communes.

Massivement, les agriculteurs de la zone sont pessimistes quant à l'avenir de l'agriculture sur le secteur. Parmi ceux qui ont une opinion, 77% à Cordes et 95% à Vaour sont pessimistes (mais beaucoup ne s'expriment pas ).

Ce peut être le constat de la désertification ou du manque de jeunes qui motive cette attitude; mais certains avancent des arguments explicatifs : une société locale bloquée par manque de dynamisme, une économie en crise à cause des prix et des revenus qui baissent, une société dominée car elle n'a pas les clés des décisions. Les agriculteurs hésitent entre maintien du tissu rural (61) et désertification (65) ; Très peu d'alternatives sont proposées. Ils estiment que leur revenu s'est dégradé depuis cinq ans: 61% à Vaour et 63% à Cordes. Un pourcentage important d'exploitations n'a pas de successeur. Près de la moitié des exploitants âgés de plus de 50 ans n'ont pas de successeur assuré (40% à Vaour, 46% à Cordes).

Néanmoins, la commune est encore un lieu de vie pour beaucoup d'agriculteurs : près de trois sur quatre trouvent dans leur commune des motifs de satisfaction quant à leur vie sociale. Nous avons vu également qu'ils n'hésitaient pas à prendre des responsabilités. Quelques-uns prévoient un certain renouveau, repeuplement et essor du tourisme. Le rajeunissement récent invite quelques-uns à un certain optimisme.

Les préoccupations portent d'abord et avant tout sur les revenus. C'est, avec la réglementation excessive, le thème le plus préoccupant. La moitié des exploitants mettent en avant cette attente de l'amélioration de leurs revenus. (42% à Vaour, 50% à Cordes). Il faut rapprocher de cette préoccupation, celles qui portent sur l'économie agricole (38% à Cordes et à Vaour) et sur la commercialisation (33% à Cordes et 31% à Vaour). Ce qui pèse le plus, ce sont les lourdeurs administratives et la réglementation excessive (66% à Cordes et 57% à Vaour).

3.1.9 - De la quête de la parité à la conquête de la reconnaissance

Les groupes de développement agricole (GDA) ont constitué le cadre territorial privilégié de la modernisation et du développement des exploitations agricoles dans les deux cantons de Cordes et de Vaour. Cette modernisation a emprunté plus particulièrement trois voies, auxquelles les agriculteurs restent attachés. Historiquement, la première est celle du conseil, au début des années soixante. Il s'agit alors de rattraper le retard accumulé grâce aux conseils d'un technicien agricole. La seconde est la voie de l'aménagement foncier, après 1975, avec l'OGAF portée par les GDA, les échanges amiables et le remembrement, l'irrigation, le drainage, les clôtures, l'arasement des talus... La troisième est celle de la diversification avec les petits élevages, les cultures spéciales, la vente directe... Ces trois voies empruntées par les agriculteurs visaient à assurer la parité (sociale et économique) pour intégrer l'agriculture dans la société.

L'enquête fait ressortir les tendances à l'éclatement du modèle professionnel que soulignent les difficultés de maîtrise des normes sociales (la constitution d'un modèle technique adapté à la petite région et relativement homogène). Une voie nouvelle émerge : la valorisation des ressources et du patrimoine (avec des interrogations sur le tourisme, le boisement, la chasse, la qualité, le paysage ...).

En même temps, se manifeste un certain découragement et du pessimisme quant à l'avenir de la région d'une part, et sur la stabilité du métier tel qu'il se pratique d'autre part.

Une nouvelle sociabilité prend forme. Le découragement n'est pas opposé à l'engagement ; du côté professionnel, dans des groupes plus restreints de travail, de mise en marché, d'achat en commun (CUMA, microfilière, groupement de vente,...). Du côté social, par des prises de responsabilités communales, associatives, sportives.

Dans un monde où ils sont minoritaires, les agriculteurs cherchent à s'affirmer, à faire valoir leur rôle social. Le paysan modèle n'est plus seulement et uniquement le paysan technicien, le producteur, c'est aussi un acteur du monde rural et un citoyen. Cette orientation est à relier au fait qu'en même temps le développement des exploitations devient hétérogène et même éclaté selon des lignes de fuite très dispersées :

3.2 - La diversité agricole : point fort ou point faible ?

L’agriculture des deux cantons dégage une réelle impression de diversité. Sur trois points au moins : tout d’abord, on observe une grande pluralité de types d’exploitations. Les modèles d’exploitation restent multiples ; on note une grande divergence des systèmes et l’évolution interne des exploitations n’a pas atteint l’ampleur qu’elle revêt dans d’autres régions tarnaises ou françaises. Ensuite, la polyactivité constitue un type d’exploitation encore très fréquent, les exploitations spécialisées sont relativement rares. La polyculture-élevage caractérise la zone et les exploitations elles-mêmes. Enfin, les ménages agricoles, à Cordes et à Vaour, n’ont pas une activité exclusivement agricole. Les sources de revenus sont multiples au sein des familles agricoles (revenus de transfert, pluriactivité, autoconsommation, chasse, cueillette).

3.2.1 - La diversité des exploitations

La  zone est connue pour la diversité de ses activités agricoles et des exploitations. Les oppositions s’opposent autour de cinq couples : petites / grandes structures ; modèle intensif / modèle extensif ; Cultures / élevages ; exploitations professionnelles / exploitations de peuplement ; modèle classique / modèle rural. Pas de tendance nette d’évolution des systèmes ; pas de suprématie d’un type affirmé, bien défini, d’exploitations ; pas d’image claire d’un modèle dominant.

  1. Si la superficie est plutôt grande dans la zone (3 ha de plus en moyenne par rapport au Tarn), la dispersion est forte. Une exploitation sur cinq a moins de 10ha, et une sur quatre plus de 50ha. Récemment, de grandes exploitations extensives se sont constituées sur le plateau, consacrées à l’élevage ovin ou bovin.
  2. L’utilisation du facteur foncier ou du facteur main d’œuvre est extrêmement différenciée. Un tiers des exploitations n’utilise pas au moins une unité de main d’œuvre (45% à Vaour, 25% à Cordes et 38% dans le Tarn).
  3. Les chargements par hectare et les rendements sont également très divers. Il existe des systèmes intensifs céréaliers ou d’élevage, en particulier dans les vallées, sur des terrains favorables, plats et profonds ou irrigués. A l’inverse, les plateaux de Vaour ne sont guère propices à l’intensification. Des tentatives de réintroduction de brebis caussenardes du Lot ont été faites sur le Causse. En tout cas, la baisse du prix de la terre favorise l’extensification. De grandes exploitations sont en train de se constituer, aux dépens de l’occupation de l’espace. Comment inciter ces exploitations à entretenir le territoire ?
  4. La répartition des systèmes de production est complexe : vignes sur le plateau cordais, élevage sur ceux de Vaour et de Bournazel, cultures végétales intensives en fond de vallée... Les huit systèmes d’exploitation classiques reconnus et recensés par les services statistiques du ministère de l’Agriculture coexistent dans la zone. Il y a autant de cultures de vente que de surface fourragère à Cordes.
  5. La zone est connue pour l’importance des exploitations non professionnelles, pluriactives ou de peuplement. Les chiffres d’affaires sont faibles : 40% n’atteignent pas 200 000F. La pluriactivité était assez élevée dans la zone, surtout dans la vallée du Cérou, autour de Lexos. Beaucoup d’exploitations vivaient repliées sur elles-mêmes grâce à la cueillette, l’autosubsistance, la chasse... L’espace était ainsi entretenu.

Les onze communes du périmètre de l’article 19 contiennent 104 exploitations ; leur surface est de 34,5ha. Il y a 28 exploitations bovins-viande (45ha en moyenne), 14 exploitations ovins-viande (28ha et 180 brebis), 15 exploitations laitières (43ha et 20 à 25 vaches), 7 exploitations caprines (avec 100 chèvres), 10 exploitations céréalières (31ha), 14 exploitations viticoles (28ha) et 16 exploitations diversifiées. 38% ont un revenu extérieur et 14% un revenu complémentaire lié au tourisme.

3.2.2 - La diversité des activités au sein des exploitations

La région manifeste une orientation certaine vers l’élevage : 55% de surface fourragère à Cordes, 80% à Vaour et 75% dans l’ensemble des deux cantons, contre 50% dans le département. Mais, pour autant, les exploitations sont peu spécialisées : 67% des exploitations à Vaour ont des céréales (6ha par exploitation) et 86% à Cordes. 87% des exploitations du canton de Vaour ont des prairies (20 ha en moyenne) et 81% à Cordes. Une exploitation sur deux possède de la vigne (5ha en moyenne par exploitation en ayant).

Près des deux-tiers pratiquent la vente directe. Cette activité peut revêtir une ampleur considérable, ou au contraire ne représenter qu’un tout petit chiffre d’affaires. L’activité agricole permet de plus en plus d’associer des fonctions d’accueil liées à la valorisation du patrimoine. Il est difficile d’estimer ce qu’elle représente. Environ vingt exploitations pratiquent l’accueil, mais beaucoup de ruraux, de l’ordre d’une quarantaine, disposent d’un ou plusieurs gîtes.

La spécialisation des exploitations est lente. La spécialisation viticole et la spécialisation céréalière ont été les plus rapides. Ce choix permet une meilleure valorisation du produit grâce à un meilleur suivi.

De nombreuses tentatives ont permis de préserver, in fine, quelques réseaux de producteurs. Quelques-uns ont été formalisés, soit dans le cadre spatial des Causses du Quercy ou du Cordais, soit dans un cadre plus large incluant le Ségala ou le Gaillacois. Ces réseaux sont très divers ; ce qui joue est plutôt de l’ordre de la complémentarité des gammes de produits que du groupage de l’offre. Il s’agit de petits réseaux d’interconnaissance dont la première tentative sérieuse est sans doute la CUMA des produits fermiers de Vaour. D’autres ont suivi : goûters à la ferme, réseau de vente directe associant, au sein d’un GIE, un viticulteur et des éleveurs, maîtres fromagers, ...

L’image du pays est en définitive peu utilisée et peu valorisée. D’une manière générale, les produits sont de qualité, haut de gamme. Ce qui est recherché, ce sont les relations personnelles, c’est-à-dire la construction de liens individualisés avec la clientèle, plutôt que la recherche d’une labellisation.

L’activité agricole tend à régresser significativement au sein de ces exploitations. La vente directe occupe souvent une partie de plus en plus importante des actifs du groupe familial. On assiste à une professionnalisation progressive de l’activité. La liaison avec l’activité agricole est de plus en plus ténue (sauf dans la viticulture).

Une vitrine des produits fermiers de la région de Cordes et de Vaour (147) pourrait permettre de promouvoir les productions locales. Il n’est pas indispensable qu’il s’agisse d’un lieu de vente, mais il faudra rechercher la synergie avec la promotion touristique. L’idée de Maison du pays, portée par des élus et des agriculteurs du canton de Cordes va dans ce sens.

3.2.3 - La diversité des sources de revenus

L’activité agricole tend à représenter une source de revenus de plus en plus faible dans les ménages agricoles. L’emploi agricole baisse au sein même des exploitations agricoles : environ une unité de main d’œuvre par exploitation, en moyenne. Ce qui étonne, c’est l’importance des revenus non agricoles : pratiquement autant de retraites que d’exploitations dans les deux cantons ; deux revenus extérieurs pour trois exploitations ; un exploitant sur quatre est pluriactif. On mesure ainsi l’importance des revenus extérieurs dans la formation des revenus des ménages agricoles. Revenus de transfert et revenus extérieurs constituent souvent l’essentiel des revenus des ménages agricoles. Il faudrait pouvoir estimer le poids de l’autoconsommation et des revenus fonciers pour connaître dans toutes leurs composantes les ressources des ménages agricoles. Les primes de l’article 19 (11 000F en moyenne) ont pu également, dans certains cas, constituer un apport non négligeable.

3.3 - Interrogations à propos des usages agricoles du foncier

Trois types d'espaces agricoles peuvent être dégagés : les fonds de vallées, les plateaux d'élevage et la zone viticole.

La zone viticole ne bouge pas beaucoup. Certes, la surface en vigne est passée de 1800 ha en 1995 à 1000 hectares en 1996. Mais son érosion se ralentit :

Et les communes viticoles résistent très bien (stabilité voire légère croissance des surfaces à Amarens, Donnazac, Noailles, Souel, Vindrac, Loubers, Frausseilles).

Les fonds de vallée se sont prêtés à l'intensification et à la diversification grâce à l'irrigation. Les systèmes d'aspersion sont très divers. Parfois très petits sur des cultures particulières comme le tabac, ils peuvent être appliqués au goutte-à-goutte sur des vergers ou sur des cultures de maïs ou de soja grâce à des couvertures intégrales ou des couvertures totales, ou encore avec des canons ( en particulier pour le maïs). Les microclimats permettent de gros rendements. Ces zones ont été intensifiées.

Sur les plateaux, la situation est plus délicate. C'est là que se situe l'essentiel de la surface agricole utile.

L'évolution sur la période récente, depuis une dizaine d'années, se précipite. Alors que dans le Tarn, la SAU des déclarants en 1995 n'a diminué que de 6% par rapport à la SAU des exploitations en 1988, elle a diminué de 11% à Cordes et surtout de 27% à Vaour. De même, le nombre d'exploitants a diminué de 38% dans le département (le rythme de l'exode dans le Tarn est compris entre 4 et 4,5%, depuis le dernier recensement de l'agriculture). A Cordes, la population des exploitants diminue de 35%, à Vaour de 44%.

Deux tendances ressortent nettement : la poussée des systèmes céréaliers sur Cordes et la montée de l'enfrichement sur Vaour. A Cordes, le tournesol réalise une progression spectaculaire. Sa surface passe de 200 ha à 700 ha alors qu'elle n'augmente que de 24% dans le Tarn. C'est une première inquiétude car l'on sait que le tournesol est souvent une recherche de primes davantage qu'une production véritable. C’est une forme relative d'extensification, une forme d'économie de cueillette, tant les soins apportés sont allégés.

Une deuxième source de préoccupation est l'accélération de la déprise agricole, surtout sur Vaour, malgré les appuis de la D.D.A. dans le cadre de l'article 19. Le mouvement est amorcé depuis longtemps. La diminution de la surface cultivée n'est faible et contenue que dans deux cas de figures tout à fait spectaculaires et remarquables : l'importance de la vigne et celle des chargements par hectare. Dans le premier cas, la présence significative de la vigne permet le double maintien de l'espace cultivé et d'une certaine densité d'agriculteurs; dans le second cas, le nombre d'agriculteurs diminue, la surface des exploitations augmente, certes rapidement, mais l'abandon de surface agricole est beaucoup moins marqué.

La tendance forte est donc d'une part à l'abandon de surfaces pour des usages non agricoles (bois, chasse, propriétés non agricoles) et d'autre part l'extensification.
 

L’utilisation de la surface utile en 1990
 
  Céréales  Oléagineux 
total 
dont 
Tournesol
Gel  SFP 
aidée 
cultures 
non aidées 
SAU 
des 
déclarants
nombre de 
dossiers 
éligibles
Cordes 2 232 1 045 747 636 4 442 1 175 9 564 224
Vaour 572 94 49 106 2 154 127 3 060 87 
Tarn 91 232 35 366 24 822 20 007 136 173 14 713 299 557 7 437 
 

Source Agreste DDA

 
Dans les zones difficiles de plateaux secs ou extensifs, des projets ou des idées nouvelles ont été formulés pour occuper le territoire : introduction de races rustiques, élevages de gibiers, plantation de truffiers, organisation de chasses privées, boisements... Ces perspectives d'utilisation du foncier doivent être encouragées ; elles doivent surtout s'articuler avec les projets de développement touristique concernant la région.
 

Superficie totale des exploitations agricoles
 
commune  1955 1970  1979 1988 1988/1995
Cordes 762 678 555 524 -31,2%
Amarens 430 420 351 373 -13,3%
Bournazel 645 593 593 497 -22,9%
Les Cabannes 485 405 340 417 -14%
Donnazac 295 302 323 307 +4,1%
Frausseilles 470 372 397 386 -17,9%
Labarthe-Bleys 476 336 281 242 -49,2%
Lacapelle-Ségalar 563 460 463 506 -10,1%
Livers-Cazelles 1199 930 846 929 -22,5%
Loubers  428 310 316 340 -20,6%
Mouzieys-Panens 1137 898 891 951 -16,4%
Noailles 935 769 745 896 -4,2%
St Marcel-Campes 1350 923 1032 1016 -24,7%
St Martin-Laguépie 1419 1228 1308 1393 -1,8%
Souel 720 712 740 725 +0,7%
Tonnac 636 649 534 567 -10,8%
Vindrac-Alayrac 734 767 866 783 +6,7%
canton de Cordes 12684 10752 10582 10852 -14,4%
département du Tarn 401222      327258 -18,4%
 
Superficie totale des exploitations agricoles (suite)
 
commune 1955 1970 1979 1988 1988/1995
Vaour 594 527 453 483 -18,7%
Itzac 711 486 332 327 -54%
Marnaves 550 352 395 389 -29%
Milhars 659 659 576 494 -25%
Montrosier 149 100 69 35 -76,5%
Penne 1831 1751 1561 1521 -16,9%
Le Riols 391 414 376 399 +2%
Roussayrolles 376 305 265 294 -21,8%
St Michel de Vax 305 336 216 250 -18%
canton de Vaour 5566 4930 4243 4192 -24,7%
 

source : recensements généraux de l’agriculture

 
Comment a évolué la surface agricole utilisée en longue période, depuis 1955 ? Elle représente la surface réellement valorisée par les exploitants. Les friches, les landes, les bois, les sols des bâtiments ne sont pas pris en compte. D'une manière générale, la surface ainsi définie a régressé, et ce de manière significative : un quart en moins dans le canton de Vaour, 15% en moins à Cordes (comme dans le département). Mais le déclin semble cesser à Cordes depuis 1970, et à Vaour depuis 1980. Néanmoins, la surface totale des exploitations continue à baisser à Vaour surtout, à cause de la diminution des usages non agricoles du sol. Tout se passe comme si après une phase de diminution de la surface agricole, d'un enfrichement et d'un abandon de surface, les exploitants se concentraient sur les surfaces agricoles et abandonnaient les surfaces difficiles. Les années soixante-dix ont été marquées, de fait, par des préoccupations concernant l'abandon et la moindre valorisation des surfaces traditionnellement mises en valeur par les agriculteurs. En témoignent les études du PAR, en particulier celle consacrée à l'évolution des paysages du canton de Vaour (148). En témoignent également les interrogations concernant l'enfrichement aux assemblées du GVA ou dans les études PAR dans les années quatre-vingt (149). Mais, malgré la publicité faite, la loi de 1978 n'a pas permis de récupérer de terres. Le droit de propriété est encore une valeur très forte.

3.3.1 - La vigne, une richesse à préserver et à valoriser

Il reste sur l’ensemble des deux cantons un peu plus de 1000 ha de vignes, soit 11% de la surface du vignoble gaillacois. L’essentiel est localisé sur le plateau cordais. Huit communes totalisent 90% de la surface : Amarens, Donnazac, Frausseilles, Livers-Cazelles, Noailles, Souel, Vindrac et Loubers.
 

Evolution des surfaces plantées en vigne, en hectares
 
commune 1955 1970 1979 1988 1994
Amarens 69 89 77 90 52
Bournazel 47 33 18 9 11
Les Cabannes 70 58 22 19 30
Cordes 93 41 35 21 20
Donnazac 109 118 113 107 140
Frausseilles  145 139 124 126 108
Labarthe-Bleys 27 17 16 10 0
Lacapelle-Ségalar 27 21 9 2 0
Livers-Cazelles 168 143 86 68 68
Loubers 95 91 74 64 51
Mouzieys-Panens 131 90 48 23 21
Noailles 266 246 245 243 212
St Marcel-Campes 86 38 14 7 8
St Martin-Laguépie 67 55 23 8 0
Souel 191 202 191 184 196
Tonnac 83 63 52 31 36
Vindrac-Alayrac 130 106 109 95 50
canton de Cordes 1804 1550 1256 1107 967
Itzac 89 74 55 39 39
Marnaves 30 21 16 6 0
Milhars 73 46 32 20 0
Montrosier 11 9 1 0 0
Penne 61 34 26 7 0
Le Riols  26 21 16 6 0
Roussayrolles 11 8 5 2 0
St-Michel de Vax 11 5 2 0 0
Vaour 22 10 5 1 0
canton de Vaour 334 228 157 83 75 (!?)
 

source : RGA (1955, 70, 79, 88) et CIVG (1994)

 
Le vignoble cordais résiste plutôt bien au recul des surfaces qui caractérise le Gaillacois. En 1988, l’ensemble Cordes-Vaour représentait 10,6% du vignoble gaillacois, en 1994 11,10%. Parmi les 21 communes du Gaillacois (sur 73) ayant augmenté ou maintenu leurs surfaces en vigne entre 1988 et 1994, 9 appartiennent aux cantons de Cordes et Vaour, soit 43% de ces 73 communes alors que les deux cantons représentent seulement 20,5% du nombre des communes du vignoble.
 

Taux annuel d’évolution des surfaces plantées en vigne
 
  1955-1970 1970-1979 1979-1988 1988-1994
canton de Cordes  - 0,94% - 2,11 % - 1,31% - 2,11%
canton de Vaour - 2,12% - 3,46% - 5,24% - 1,60%
ensemble - 1,12% - 2,28% - 1,75% - 2,07%
 

source : RGA et CIVG

 
D’une manière générale, la surface en vigne diminue, mais moins que dans le reste du Gaillacois, ce qui est encourageant. En effet, il n’y a guère eu d’alternatives valables à la vigne sur le causse cordais. L’élevage ne s’y est pas développé. Il faut souligner le développement des cultures spéciales, irriguées,... ; l’alternative, comme dans toute la zone viticole, est la céréaliculture, ce qui signifie nécessairement un agrandissement des surfaces cultivées par exploitation pour maintenir les revenus. Le revenu par hectare en vigne est de l'ordre de 4000F alors qu'il n'atteint pas 2000F en céréales.

Les communes peu viticoles voient leurs surfaces en vignes décroître très rapidement. C’est au tournant des années soixante-dix que le choix a été fait de la spécialisation ou de l’abandon de la vigne. Ce sont des communes entières qui ont fait ce choix (cas de Cordes, de Mouzieys-Panens ou encore de Saint-Martin-Laguépie).

Les exploitations viticoles se spécialisent. Dans le canton de Cordes, les trois-quarts des agriculteurs possédaient de la vigne il y a dix ans, contre seulement la moitié actuellement. Mais depuis 1980, le nombre d’exploitations possédant des terres en appellation contrôlée n’a guère bougé. La surface en AOC augmente (+10% en dix ans) ; au contraire, celle en vins de pays et en vins de consommation courante diminue. Il faut souligner l’hésitation des agriculteurs devant le développement de la qualité, les investissements et les efforts qu’il faut alors consentir.

La cave de Labastide de Lévis a joué un rôle essentiel dans le maintien, l’amélioration et la promotion du vignoble. La moitié de la récolte de la zone passe dans ses chais. Son action est en synergie avec celle des bouteillards. Il s’agit d’une alternative encourageante au réseau de négociants qui ne jouent pas le jeu du vignoble. La cave coopérative contribue efficacement à la qualité grâce à son réseau de développement et de conseil.

Trop peu de surfaces encépagées sont accordées dans le cadre des plans d’amélioration matériel ou des études prévisionnelles d’installation des jeunes agriculteurs. La fin de la prime à l’arrachage devrait contribuer à revitaliser davantage le vignoble cordais.

3.4 - Le maintien problématique du tissu agricole

Il reste sur les deux cantons 311 exploitations en 1995. Il y en avait encore 503 en 1988 et 691 en 1979. Le rythme de disparition des exploitations s'est accéléré au cours de la période récente. La conséquence en est le rajeunissement des exploitations. La moyenne d'âge est de l'ordre de 45 ans, alors qu'elle est de 50 ans dans le reste du département. C'est surtout dans le canton de Vaour que la disparition des exploitations est spectaculaire. Leur nombre a été pratiquement divisé par deux depuis le recensement de 1988. Cette tendance est plus importante ici que dans le reste du département, pourtant lui aussi très touché.

Sur le long terme, la désertification liée à l'exode agricole est particulièrement marquée sur les deux cantons. Il s'agit véritablement d'une zone en déprise, en voie de dévitalisation. Les agriculteurs qui constituaient en 1962, 60% de la population active, soit les deux-tiers avec les ouvriers agricoles (7,3%) n’en constituaient plus qu’un petit quart en 1990 et les salariés agricoles ne comptaient pratiquement plus (il en reste moins de vingt). Le canton de Cordes tient mieux à cause de la présence de la vigne. Les communes viticoles ont beaucoup mieux résisté que les autres. L'élevage résiste moins que la vigne surtout depuis une vingtaine d'années.
 

Evolution du nombre d’exploitations
 
  1955 1970 1979/1980 1988
Vaour 53 27 20 18
Itzac 45 27 19 18
Marnaves 34 19 18 13
Milhars 77 42 27 18
Montrosier 11 6 4 5
Penne 159 71 69 44
Le Riols 39 24 20 17
Roussayrolles 18 13 8 9
St Michel de Vax 28 16 10 14
canton de Vaour 464 245 (-47,2%) 195 (- 20,4%) 156 (-21%)
Cordes 85 35 26 20
Amarens 14 12 9 7
Bournazel 51 32 21 19
Les Cabannes 47 17 11 11
Donnazac 17 13 11 10
Frausseilles 27 18 19 17
Labarthe-Bleys 27 19 9 9
Lacapelle-Ségalar 40 31 22 17
Livers-Cazelles 55 42 36 29
Loubers 23 17 16 12
Mouzieys-Panens 78 42 29 26
Noailles 128 37 30 27
St Marcel Campes 84 27 + ? 38 30
St Martin Laguépie 109 70 50 53
Souel 57 32 30 24
Tonnac 37 22 19 17
Vindrac-Alayrac 43 28 20 19
canton de Cordes 922 513 (- 44%) 396 (- 23%) 347 (- 12,3%)
département du Tarn  26 574 17 608 (-33%) 14 112 (-20%) 12 039 (-14,7%)
 

source : recensements généraux de l’agriculture

 
En 1997, selon nos estimations, un tiers seulement des actifs travaillant dans les deux cantons vit de l’activité agricole (150).

3.4.1 - La succession des exploitations

L'enquête OGAF du Quercy (1992) fait ressortir que les exploitants à titre principal de plus de 55 ans mettent en valeur 25% de la SAU. Un tiers seulement ont une succession assurée. C'est donc un tiers de la surface qui sera transmis dans le cadre familial. En cinq ans, 15% de la surface sera libérée. Les exploitations qui restent s'agrandissent de plus de un hectare par an, en moyenne (en même temps, de la surface sera abandonnée) : un tiers en fermage, deux tiers en propriété. Ce qui inquiète, c'est la déprise autant que l'extensification. La SAU baisse de 25% à Vaour et de 10% à Cordes entre 1988 et 1995.

Les perspectives de renouvellement en 1988 sont moins bonnes. Les agriculteurs chefs d'exploitation de plus de 50 ans n'ont pas beaucoup de successeurs :

En 1996, le bilan de l'article 19 et de l'OGAF accompagnement fait apparaître un redressement significatif : 45 ans en moyenne pour ceux qui ont souscrit à l'opération.

Mais il ne reste sur Vaour que 80 agriculteurs soit une division par deux en huit ans et sur Cordes, une diminution de 30%.

3.4.2 - Le dynamisme agricole

La région donne l'impression, entretenue même par les habitants, d'une certaine atonie. Elle ferait preuve de lassitude, voire de résignation. Le jugement doit être plus nuancé, en particulier à Vaour.

En effet, les deux cantons se distinguent par leur comportement. Les procédures individuelles de développement sont de deux ordres : dotations jeunes agriculteurs (DJA), et plans d'amélioration matériel (P.A.M.). Ces deux procédures sont beaucoup plus utilisées à Cordes qu’à Vaour. Dans ce canton, l'importance des installations et des modernisations, en comparaison du département, est supérieure à la part que représentent les exploitations dans le département. A Cordes, le renouvellement se réalise correctement et la modernisation se poursuit à un bon rythme. Plus d'un agriculteur sur trois actuellement en activité a eu recours à un plan de modernisation (86 sur 224) ;  seulement un sur cinq à Vaour (18 sur 86).

En moyenne, deux jeunes agriculteurs se sont installés, chaque année, dans le canton de Vaour. Cela est inquiétant compte tenu du nombre de départs. En effet, même si le nombre d'installations par rapport aux agriculteurs en place est normal, ce chiffre ramené  aux agriculteurs présents en début de période est très faible.

Compte tenu de la vocation naturelle d'élevage de la zone et des engagements pris par la commission départementale d'orientation agricole, les droits à produire ne progressent que modestement. Certains cantons, comme Lautrec ou Puylaurens ont eu des attributions de droits à produire en bovins - viande bien supérieurs. 12,6 primes vaches allaitantes ont été offertes à Cordes en 1995, et 30,2 attribués définitivement. De même 110 droits primes ovines ont été définitivement attribués à Cordes. A Vaour, 264 droits définitifs à primes ovines ont été distribués et 15,5 primes vaches allaitantes offertes, 43,4 PVA attribuées à titre définitif;

La faiblesse de l'installation n'est pas seulement liée à la faiblesse des revenus potentiels. Le foncier se libère, mais il ne sert pas à installer de jeunes agriculteurs, migrants ou non. Le foncier sert surtout à agrandir les exploitations existantes ou bien il sera consacré au boisement ou vendu à des non agriculteurs pour des usages non agricoles. Il n'y a sans doute pas de volonté affirmée et affichée de favoriser l'installation, pourtant nécessaire et possible dans la région;

L'agriculture de groupe s'identifiait jusqu'aux années quatre-vingt aux groupes de développement agricole. Depuis, les CUMA ont permis à des petits groupes d'agriculteurs de s'organiser collectivement. Il y a six CUMA sur la zone, dont trois viticoles. la fin de l'organisation cantonale du développement a été vécue sur le mode du drame parfois. Il faut dire que son rôle a été déterminant. Les systèmes qui progressent sont, aussi bien à Vaour qu'à Cordes, les systèmes allaitants et les systèmes céréaliers. Ce sont les systèmes qui consomment le plus de surfaces, les plus extensifs et qui sont actuellement les plus exposés aux crises et aux soubresauts des marchés. Tout se passe comme si la recherche maximale de la rémunération à l'heure de travail primait celle de la valorisation du foncier. Les agriculteurs cherchent, avant tout, à préserver de bonnes conditions de travail, en pratiquant des productions peu exigeantes en main-d'oeuvre, mais peu rémunératrices.

Il y a eu néanmoins, à la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingt un début de diversification et une recherche de meilleure valorisation des produits agricoles grâce à des élevages caprins, ou de petits élevages ou encore des petites productions irriguées (tabac, semences...). Ce mouvement n'a pas été suffisamment développé. On note néanmoins des tentatives d'organisation collective pour promouvoir ces produits, dans la période actuelle. Toute la palette des produits fermiers peut être fournie localement : vins, fromages fermiers, gras bien sûr, mais aussi viandes en vente directe, légumes, confiture... Les marchés locaux (Cordes, St Antonin, Carmaux, Caussade, Les Cabannes, Gaillac...) sont bien investis, mais des clientèles personnalisées ont été faites, localement ou plus largement.

Certains de ces systèmes complexes, organisés autour de la fonction commerciale manifestent des signes d'asphyxie. Leur logique de professionnalisation entre en contradiction avec le souci des entrepreneurs de rester agriculteurs, ou de rester dans leur cadre géographique local. Un accompagnement est prévu souvent pour favoriser l'adaptation de ces exploitations.


  1. Entretiens réalisés par la classe de BTS du lycée agricole d’Albi-Fonlabour.
  2. ce que confirme par ailleurs l'enquête OGAF à Vaour de 1996 (voir deuxième partie).
  3. Une première tentative d’ouvrir à Cordes une boutique de vente a échoué dans la durée
  4. Lizet - Ravignan 1980
  5. Dubuquoit - Rousseau 1979
  6. Source : estimation des unités économiques et du nombre d’actifs (voir première partie).


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Mise à jour: 22/08/98