Pré-diagnostic territorial
Introduction
Ce rapport constitue le pré-diagnostic du projet de"Contrat Espace 2000"lancé sur
les deux cantons de Cordes et Vaour par le département du Tarn à la suite de la candidature des conseillers
généraux et des présidents des deux communautés de communes.
Depuis 1988 en effet, le département du Tarn a élaboré et mis en oeuvre une procédure
d'aide aux territoires ruraux. Cette procédure, dite des Contrats Espace 2000, est initiée et contrôlée
par le conseil général. Elle vise à"dynamiser les territoires ruraux"en aidant
à la réalisation de petits projets à caractère collectif (1)
. Depuis 1992, elle s'inscrit dans le plan TARN (plan triennal agricole et rural nouveau),"document d'orientation
générale de la politique agricole et rurale du département". Mais les Contrats Espace
2000 constituent aussi une incitation à créer des regroupements intercommunaux.
La démarche contractuelle suit un cheminement réglementé par la collectivité départementale:
- Sur proposition des élus territoriaux (conseillers généraux et maires), la Commission
permanente du Conseil général accepte (ou rejette) la candidature d'une micro-région.
- Un prédiagnostic (2) repère les atouts et les faiblesses de la zone, en précisant
les premières pistes de travail et en repérant les projets. La conclusion de ce prédiagnostic
permet à la Commission permanente de se prononcer définitivement sur la recevabilité de la
candidature.
- Un diagnostic de zone est ensuite établi, s'appuyant notamment sur des études complémentaires.
Il accompagne la mise en place de l'équipe dirigeante du contrat au sein d'une structure intercommunale
(SIVOM, communauté de communes, district) préexistante ou constituée pour porter le
contrat.
- Le programme local est alors défini, avec son montage financier. L'embauche d'un animateur est obligatoire
dès cette étape et pour la suite.
- Le contrat est signé pour une durée de trois ans. Il précise l'engagement financier du
Département: 10 000F par km2, 200F par habitant, pondération par l'effort fiscal moyen des communes
rapporté à un effort fiscal de 0,80. Le taux minimum d'autofinancement local est fixé à
20%, tous intervenants confondus.
Entre 1989 et 1997, douze contrats ont été lancés (3) et un treizième
abandonné (ou en suspens), faute d'identification des élus locaux à un espace commun de projet.
Ensemble, les contrats en cours, signés ou non, couvrent aujourd'hui 68% de la superficie, concernent 72%
des communes et 40% de la population du département. A l'exception des deux villes moyennes, l'ensemble
du département pourrait, à terme, contractualiser, y compris les petites villes associées
à leur environnement rural. Il n'en sera probablement rien à Mazamet, inséré aujourd'hui
dans le district de la région urbaine Castres-Mazamet, mais Carmaux et Graulhet participent aux contrats
Ségala-Carmausin et Tarn et Dadou, Lavaur faisant partie du territoire du demier projet accepté.
Contrats Espace 2000 achevés ou engagés
| Nom du contrat |
territoire |
date de
lancement |
structure
intercommunale |
association
de pays |
projet de contrat
de terroir |
| Montmiralais |
canton |
1990 |
SIVOM devenu CC (4) |
GREAVI (5) |
Smix (6) Ouest du Tarn |
| Pays rabastinois |
canton élargi |
1990 |
SIVOM devenu CC |
|
Smix Ouest du Tarn |
| Val d'Agout |
2 cantons |
1990 |
création d'l SIVOM devenu CC en 1997 |
|
|
| Ségala-Carmausin |
75 communes |
1992 |
2 SIVOM devenus 1 CC + 1 district devenu CC
+ 1 district |
AST (7) |
Smix Ségala-Carmausin |
| Pays de 1'Autan |
partie de 3 cantons |
1992 |
SIVOM constitué |
Plaine et Monts de l'Autan |
Terroir 2000 |
| Lacaune-Murat |
2 cantons |
1992 |
SIVOM |
ADES (8) |
Monts de Lacaune |
| Tarn-Dadou |
partie de 4 cantons |
1993 |
4 SIVOM regroupés en partie en CC |
|
Smix Ouest du Tarn |
| Montredon-Vabre |
2 cantons |
1993 |
SIVOM constitué |
ADES |
Monts de Lacaune |
| Anglès-Brassac |
2 cantons |
1994 |
regroupement partiel en SIVOM et élargissement |
ADES |
Monts de Lacaune |
| Cordes-Vaour |
2 cantons |
1996 |
2 CC et communes
isolées constituant 1 SIVOM |
GREAVI |
Smix Ouest du Tarn |
| Salvagnacois |
1 canton |
1997 |
CC |
|
Smix Ouest du Tarn |
| Tam-Agout et Sescal |
2 cantons partiels et communes de Haute-Garonne |
1997 |
2 CC |
|
Terroir 2000 |
Vallée du
Thoré |
partie d'un canton |
1997 |
SIVOM |
|
|
Les Contrats Espace 2000 ont pris appui sur des regroupements intercommunaux préexistants dans neuf cas
sur douze. Mais comme les territoires contractualisés rassemblent généralement plusieurs cantons,
constitués souvent en SIVOM ou communautés de communes séparés, les contrats Espace
2000 ont en fait abouti à la création de sept nouvelles structures intercommunales - quatre SIVOM,
trois communautés de communes, un syndicat mixte, et à une nouvelle association de pays (Plaine et
Monts de l'Autan).
Cette procédure contractuelle participe donc à la progression de l'intercommunalité de projet
dans le Tarn. En 1997, le département compte quatre districts, treize communautés de communes, et
onze SIVOM dotés de compétences économiques. Ces vingt-huit regroupements, auxquels il faudrait
ajouter six syndicats mixtes d'aménagement, font partie des 206 structures intercommunales d'un département
constitué de 324 communes.
En sept ans d'existence, la procédure a évolué, s'est affinée. Mais à côté
d'un effet génération, la préparation des contrats et le contenu des actions programmées
dépendent aussi des spécificités territoriales et des projets politiques des élus locaux.
Les contrats de la phase expérimentale de 1990-91 ont évolué dans deux directions opposées.
La candidature d'un premier canton correspond à la volonté du conseiller général de
saisir une opportunité financière alors que son canton faisait partie d'une association de pays transformée
en Sivom, suite à un plan d'aménagement rural. Le contrat ne débouchera pas, mais le SIVOM
se transformera en communauté de communes. A l'inverse, deux cantons sans expérience commune d'intercommunalité
bâtiront un projet commun et finiront, sept ans plus tard, par transformer le Sivom créé pour
signer et gérer le contrat en communauté de communes. Lors de cette phase expérimentale, l'étude-diagnostic
et l'animation étaient confiés à un même bureau d'études, ce qui a rendu difficile,
voire impossible, la préparation et surtout le suivi du contrat. Le deuxième cas cité est
parvenu à dépasser ces difficultés en embauchant rapidement une animatrice, sous la direction
d'un maire devenu depuis conseiller général.
Les années 1992 et 1993 ont vu le démarrage de contrats concemant de vastes territoires de trois,
voire quatre cantons, comprenant pour deux d'entre eux une petite ville industrielle. Dans ces deux cas, il s'agissait
d'accompagner un projet (l'aménagement de l'autoroute A68) ou une politique (la reconversion du Carmausin).
Ces deux candidatures s'appuyaient sur un passé de solidarité (charte intercommunale et association
de pays), mais alors que le contrat du Ségala-Carmausin rassemblait, dès la phase de pré-diagnostic,
tous les élus d'une petite région industrielle en crise et d'un pays d'élevage, le contrat
Tarn-Dadou n'en concernait qu'une partie, sur un territoire il est vrai peu homogène: vignoble de Gaillac,
vallée du Tarn, collines de l'Albigeois-Castrais, villes de Graulhet et Gaillac aux fonctions et à
la population très différentes. Cette forte diversité du territoire est sans doute un des
facteurs d'échec du projet de développement articulé sur la voie rapide Toulouse-Albi (9), alors en construction. Même si, depuis, Gaillac a rejoint la communauté de communes
créée en même temps que se préparait le contrat, celle-ci ne rassemble pas l'ensemble
des communes des quatre cantons concernés. Bien que différent du précédent par l'absence
de grand chantier d'aménagement, le contrat Espace 2000 des"Plaines et Monts de l'Autan", dans
le sud du département, présente des points communs avec Tarn-Dadou. Le territoire des trois cantons
concernés est partagé entre le SIVOM et l'association de pays créés pour porter le
contrat et le district Revel-Lauragais-Montagne noire qui partage en deux le territoire du pays de l'Autan.
Les différents sous-ensembles constituant les Monts de Lacaune se sont saisis de la procédure
contractuelle en l'adaptant à leur forme d'organisation. Les sept cantons de la montagne tarnaise ont acquis,
en préparant un plan d"aménagement rural dans les années soixante-dix, le sentiment d'une
grande solidarité et l'habitude de travailler ensemble. Ils ont constitué, en 1977, une des deux
premières associations de pays du Tarn, l'Association de Développement Economique et Social des Monts
de Lacaune. Successivement, à partir de 1992, toutes les composantes de la montagne ont candidaté
aux Contrats Espace 2000, en confiant à l'ADES le diagnostic et une partie de l'animation.
Par contre, après l'échec d'une tentative de création de la grande communauté de
communes qui devait couvrir la montagne, les cantons, par couples, ont conservé ou créé des
SIVOM. Seul celui d'Alban, aujourd'hui candidat à un contrat, a transformé son SIVOM en communauté.
Cette immersion des contrats Espace 2000 dans un espace bien structuré s'est pourtant accomplie alors que
la montagne, conservatrice, basculait en remplaçant brutalement beaucoup de ses élus par des jeunes
montagnards modernistes ou progressistes.
La dernière génération de contrats de terroir comble les vides. Les derniers cantons ruraux
susceptibles de bénéficier d'un contrat font ou vont faire acte de candidature. Mais contrairement
à la plupart des contrats précédents, les territoires de cette dernière génération
sont pour la plupart (cinq cas sur six) déjà dotés de structures intercommunales à
fiscalité propre, même si, comme c'est le cas à Cordes-Vaour, deux communautés auxquelles
n'adhèrent d'ailleurs pas toutes les communes se partagent le territoire. Le contrat devient alors un simple
outil de financement qui facilitera la réalisation de projets préexistants et favorisera probablement
l'émergence de nouveaux projets.
L'étude qui suit s'appuie sur cinq types de sources :
- les travaux déjà réalisés sur le territoire du Tarn Nord-Ouest par différents
auteurs et structures;
- une bibliographie comportant notamment des ouvrages généraux sur le développement local
(10);
- les séries statistiques publiées par l'INSEE et différents organismes publics et professionnels;
- la revue de presse Deptarn, constituée à partir de 1989 par le GRESOC et 1996 par le CIRES (11);
- une enquête directe auprès d'élus locaux, d'entrepreneurs, de représentants du monde
associatif et de spécialistes des différents thèmes abordés (12).
Le rapport s'organise en quatre parties.
Après avoir brossé un tableau du territoire, des tendances démographiques et de ses activités
(1ère partie"Le territoire et les hommes"), l'approche historique est privilégiée
afin de comprendre comment les habitants, leurs représentants politiques et professionnels (en particulier
agricoles) ont tenté de s'adapter aux transformations du pays dans le contexte national puis européen
et mondial (2ème partie"Les étapes du développement local").
Les troisième et quatrième parties analysent plus en détail les deux grands domaines qui,
selon les auteurs, sont déterminants pour l'avenir de la zone : l'agriculture (3ème partie"L'agriculture,
situation et devenir") et la fonction d'accueil de populations permanentes ou saisonnières (4ème
partie"Le renouvellement de la fonction d'accueil").
- Les projets lourds d'aménagement de l'espace, qui ne peuvent entrer dans le cadre
des contrats Espace 2000 sont subventionnés par le département, depuis 1995 dans le cadre des"contrats
de projets intercommunaux", à condition qu'ils soient portés par un regroupement à fiscalité
propre.
- Depuis 1991, les prédiagnostics territoriaux sont établis par l'équipe
d'accueil GRESOC et l'Institut Daniel-Faucher de l'Université Toulouse-le Mirail.
- Après Cordes-Vaour, une douzième opération est lancée depuis
juillet 1997 sur le territoire des communautés de communes Tarn - Agout et Sescal, dans le Vaurais.
- Communauté de communes
- Association Grésigne-Aveyron-Viaur constituée pour gérer un plan d'aménagement
rural.
- Syndicat mixte
- Association du Ségala Tarnais, créée dans le cadre d'une Charte intercommunale.
- Association pour le Développement Economique et Social des Monts de Lacaune, créée
pour gérer un PAR.
- Yves Teisserenc, dans son ouvrage"Les politiques de développement local"
(Economica 1994) présente le projet AVRD (Association Voie Rapide Développement), avant qu'il ne
soit abandonné
- Voir bibliographie, pages 76 et 77
- GRESOC: Groupe de recherches Espaces et Sociétés, équipe d'accueil
de l'Université Toulouse - le Mirail; CIRES: Centre interuniversitaire de ressources scientifiques d'Albi.
Les auteurs du rapport font partie des deux structures.
- Voir la liste des personnes rencontrées, pages 78 et 79
Mise à jour: 26/07/98