Ce document est la transposition sur le web d'un petit fascicule photocopié réalisé en
1972 par Francis Fabre. Aujourd'hui, la partie écurie-grange de la commanderie subsiste et sa toiture a
été restaurée. Elle est utilisée comme salle de spectacles occasionnels (théâtre,
concerts), notamment pendant le festival de l'Eté de Vaour.
HISTORIQUE
Ce rôle lui valut les faveurs des grands seigneurs du moyen âge des croisades, et, dès 1136, grâce à des dons importants, une première commanderie est fondée en Languedoc par Roger III, comte de Foix. Vers 1140, soit quatre ens seulement après, les Templiers ont des biens dans la châtellerie de Penne. Plusieurs d'entre eux résident alors dans la paroisse de Sainte Marie-Madeleine des Albis, sur la rive droite de l'Aveyron. Ces Templiers à robe blanche garnie de la croix rouge pattée constituèrent très tôt un important domaine. Les premiers actes de donation, datés de 1143,sont relatifs aux droits territoriaux de la combe des Albis que Waldemar de Penne et ses chevaliers accordèrent pour le salut de leur âme a Pierre Humbert Prieur. En 1150, Bernard Armengaud donna ses moulins et rivages d'Auriole à Pierre Hugue, puis Bernard Adémar d'Auriole céda a son tour ses moulins pour la réception de son fils dans l'Ordre. Les membres de la famille de Penne passent donc pour les premiers bienfaiteurs des Templiers dans le pays. Mais tous les autres habitants, que se soient les chevaliers ,comtes ou vicomtes, ou les plus simples propriétaires terriens, tous firent d'importantes donations pour participer aux avantages spirituels de l'Ordre, sous la dénomination de "Frères Donnés" et pour être enterrés dans le cimetière des chevaliers (ainsi Raymond de Doguers, Bernard d'Auri, Amiel de Penne...) (cart n°21 et 27) Ainsi, leurs possessions prenant de plus en plus d'importance, vers 1160, ils cherchèrent un site afin d'y implanter le siège d'une commanderie. Sans raisons apparentes, ils avisèrent une butte de grès stérile dominant largement la campagne environnante, en pays des Affraux, loin de toute voie de passage. C'est qu'ils avaient découvert que ce site dominant avait été, plusieurs millénaires avant, une butte sacrée, siège de ce qui semble être un culte de l'eau ainsi qu'en témoigne la dalle à rigoles, dégagée au nord de la Commanderie en 1970-1971, et peut être d'un village (qui reste a découvrir). Là, mille ou deux mille ans avant J.C., mais aucun objet n'a permis une datation précise, des hommes auraient cru aux vertus médicinales des eaux de ce lieu et y auraient pratiqué leurs rites. Les Templiers croyaient aux sites privilégiés. C'est pourquoi ils décident que là serait élevée leur commanderie. |

(vue de l'arrière antérieure à l'effondrement du donjon)
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Cette "Maison", ainsi que l'appelaient les Templiers, n'était pas un château fort comme le veut la tradition locale, et ses murs n'auraient pas résisté à une attaque en règle. Elle était de plan trapézoïdal et occupait une surface de 2500 m2 environ, soit approximativement 1100 m2 de bâtiments. Le porche d'accès, voûté en plein cintre et surmonté d'une pierre armoriée, s'ouvre au nord-est dans un angle de la commanderie et donnait dans une première cour. Face à l'entrée, un bâtiment était destiné à l'exploitation agricole, aspect que possédait presque toute commanderie provinciale. Il abritait au niveau de la cour la grange dont on peut voir encore une porte surmontée d'une pierre armoriée rendue illisible. Une rampe en pente douce conduit à l'étage inférieur à travers une porte au cintre irrégulier, à une vaste salle à la voûte romane. Celle-ci était utilisée comme écurie (n'oublions pas que les Templiers étaient des chevaliers). Ce bâtiment présente, côté sud, une série de contreforts massifs très rapprochés. A gauche de la cour d'entrée se trouvait la "Grande Maison", c'est à dire la partie de la commanderie réservée aux chevaliers et strictement interdite aux laïcs. La pièce maîtresse de la "Grande Maison" était le "donjon", grosse tour massive d'une vingtaine de mètres de haut et située à l'est de la Commanderie. D'un appareil très régulier, il était décoré extérieurement de pilastres à peine saillants et réunis par des arcatures en plein cintre. Il abritait au rez de chaussée la chapelle à laquelle le public accèdait après avoir traversé le cimetière, par une porte a double voussures romanes supportées par des colonnes à chapiteaux. Elle était placée sous le vocable de Notre Dame. Sa voûte, en berceau légèrement ogival, était divisée en deux travées par un arc doubleau en ogive et supporté par deux colonnes à chapiteaux historiés. Un cordon courait à la naissance de la voûte, tout autour de la chapelle. Contre le mur terminal, un escalier tournant de quatre-vingt six marches menait au dessus à une salle voûtée, elle aussi en ogive. Le sommet du "donjon" devait être à l'origine une plate-forme , mais il fut par la suite couvert d'une toiture à trois pans surmontée d'une tour de guet. Il était fortifié et présentait au sommet des murs une couronne de corbeaux destinés à porter des hours à machicoulis. Une salle basse, fortifiée de même manière, s'appuyait contre le "donjon". Elle servit a partir de 1684 de nef a la chapelle, après la destruction par un incendie de l'église paroissiale. La partie conventuelle était constituée par deux bâtiments perpendiculaires qui enserraient, avec le "donjon" et sa salle basse, une cour intérieure. Le bâtiment à deux étages dont on voit encore la façade était destiné au rez de chaussée aux cuisines et au réfectoire, et l'on peut encore de nos jours retrouver le four. Au-dessus était certainement le logement du Commandeur, comme en témoigne toujours une pierre armoriée au-dessus d'une fenêre. Une tour octogonale à trois étages marqués à l'extérieur par un cordon de boutons en relief permettait d'accéder aux appartements. Elle servait de cage à un escalier en colimaçon dont les marches présentaient de quatre en quatre, à l'intrados, une main tenant un bâton noueux, symbole du bâton du Commandeur. Ainsi devait se présenter la Commanderie de Vaour aux XIIème et XIIIème siècles, mais très peu de documents permettent d'en donner une description détaillée. Elle était occupée par un très petit nombre de chevaliers: moins de dix certainement. Le reste de la communauté se dispersait dans les paroisses voisines à mesure que de nouvelles donations ou ventes de la part des bienfaiteurs augmentaient le domaine terrien ou les privilèges comme on peut le constater dans le cartulaire de la Commanderie, daté de 1202. C'est ainsi qu'en 1196, Raymond de Penne exempte les chevaliers de la "Maison de Vaour" des droits seigneuriaux dans la chatellerie de Penne (Cart.n°94). Après les seigneurs de Penne, il faut placer au rang des bienfaiteurs des Templiers, les chevaliers de Montaigut, les seigneurs de Cahuzac, puis le comte de Saint Gilles et les vicomtes de Saint Antonin. Petit à petit, toutes les possessions des Templiers sont affranchies des droits seigneuriaux et des redevances par simple don ou par achat de ces droits. Les chevaliers de Montaigut donnèrent, pour la rédemption de leurs péchés, les fours du château de Montaigut et les habitants du lieu furent obligés d'aller cuire leur pain au four des Templiers. Ces chevaliers firent don ensuite de leur chapelle et de ses appartenances, franches de toute taille, guet, albergue et autres droits (Cart.n°78 et 92). L'abbé d'Aurillac vendit aussi à la "Maison de Vaour" l'église de Trévan et ses appartenances (Cart.n°25). Les Templiers eurent très tôt des possessions dans le Quercy. Le 14 mai 1181, les chanoines de Saint Antonin donnèrent, pour que les Templiers les protègent contre leurs ennemis, l'entier territoire de Montricoux avec ses trois églises de Montricoux, de Saint Laurent de Meynet et de St Benoît de Castres, se réservant seulement les dîmes des paroisses. Lors de la croisade contre les Albigeois et des incursions de Simon de Montfort dans la vallée de l'Aveyron et bien que pris dans une zone d'hérésie représentee par Penne et Cordes surtout, ils s'efforcèrent d'observer une stricte neutralité. Mais le 13 octobre 1307, l'opération de police montée par Philippe IV le Bel et Nogaret mit fin au règne des Templiers et Vaour ne vit plus flotter sur sa Commanderie le "Baussant", drapeau blanc et noir des véritables seigneurs du pays. Après l'abolition de l'ordre, proclamée par le pape Clément V au concile de Vienne en 1311, Vaour passe dans les possessions de l’ordre de Saint Jean de Jérusalem, appelé encore ordre des Hospitaliers et plus tard Ordre de Malte. La Commanderie est alors rattachée au grand prieuré de Saint Gilles. Elle subit plusieurs remaniements comme le montrent encore des ouvertures à meneau de style XVème siècle et des défenses prévues pour le tir aux armes à feu. Ces Hospitaliers n'ont laissé que peu de traces dans notre région et leur importance a été éclipsée par leurs prestigieux prédécesseurs. Mais en bons administrateurs, ils s'efforcèrent de maintenir et même d'amplifier le domaine et les privilèges hérités des Templiers. En 1497 la Commanderie de Vaour, de Penne, de Montmirail, de Lintin, d'Andillac, de Cahuzac, de Loubers, de Bonneville, d'Itzac, de Cestayrols, de Montricoux, de Vieules, de Cordes, et de Tonnac. En 1632 d'après la vérification de ses revenus faite à la requête d'Annibal de Blacus, procureur d'Honoré Villeneuve, elle avait toujours des droits divers sur les communautés de Vaour, de Saint Bauzile, du Verdier, de Campagnac, de Cabuzac, de Cestayrols, de Puycelci, de Penne ,de Saint Antonin, de Montricoux, de Vieules, de Molières et de Villefrancaise. L'ordre de Saint Jean de Jérusalem fut présent à Vaour jusqu'à la Révolution Francaise, mais après l'abolition de nombreux ordres religieux et surtout des plus puissants, la Commanderie et ses possessions furent vendues par la République comme biens nationaux. La population de Vaour obtint toutefois que la chapelle devienne bien communal et reste affectée au culte. Le "château" fut alors le centre vital du village. C'est là que se groupèrent les services administratifs et religieux de la commune: église, presbytère, cimetière, école, et gendarmerie dans le bâtiment agricole. Vers 1850, 1'accès au "donjon" et à sa chapelle fut interdit au public pour vétusté. Classé monument historique en 1909, il s'écroula en 1910 sans que rien ne fut tenté pour le sauver. Ses pierres furent vendues et servirent à bâtir de nombreuses maisons de la région. Il est encore possible de voir de nombreuses sculptures ornementales ainsi que des inscriptions templières scellées dans les murs de l"Hôtel du Parc" de Vaour. Un deuxième classement à l'inventaire des monuments historiques eut lieu le 13 juillet 1927 . De nos jours, il ne reste plus que le squelette mutilé de la Commanderie. Le temps n'aurait pu vaincre ces murs de grès, mais les hommes en ont eu raison par la destruction et le pillage irraisonné. Et les soirs d' été, lorsque le soleil couchant incendie de rouge la campagne environnante, les tristes ruines de la Commanderie retrouvent encore un peu de leur noblesse qu'elles portèrent si fièrement pendant plus de sept siècles. A Vaour, le 22 septembre 1972 FABRE Francis
L'ORDRE DES TEMPLIERS
Les Templiers, ou chevaliers du Temple, faisaient partie d'un ordre militaire et religieux fondé en 1119. Ils se distinguèrent par leur conduite en Palestine, acquirent des richesses importantes et devinrent les banquiers du pape ainsi que de nombreux princes. Le roi Philippe le Bel (1267-1314), désireux de résoudre de graves difficultés financières, souhaitait s'approprier le fabuleux trésor des Templiers. Il fut aidé dans cette entreprise par Guillaume de Nogaret, juge à la Cour, qui l'avait déjà soutenu dans sa politique contre le pape Boniface VIII (1235-1303). En 1307, Jacques de Molay (1243-1314), Grand Maître de l'ordre des Templiers, et tous les chevaliers, furent saisis par les officiers royaux au nom de la Très Sainte Inquisition. Ils furent accusés d'hérésie, reniement de la croix, culte des idoles et de sodomie. Sous la torture, les Templiers avouèrent. Clément V, pape de 1305 à 1314 dont l'élection avait été facilitée par Philippe le Bel et qui avait transporté le Saint Siège à Avignon, essaya cependant de rejeter les aveux obtenus sous la torture. Devant les exigeances du roi Philippe le Bel, il dût prononcer la suppression de l'ordre du Temple en 1312.Un grand nombre de Templiers étaient déjà morts sur le bûcher. Le Grand Maître Jacques de Molay n'y échappa pas.
LES COMMANDEURS DE LA "MAISON DE VAOUR"
A - Ordre du Temple de Jérusalem
B - Ordre de St Jean de Jérusalem
PLAN DE LA COMMANDERIE DE VAOUR |
